Du simple au double

By 14 avril 2011Non classé

Lors de la dernière soirée organisée par la FCVF (Fédération Culturelle des Vins de France), le président Marc Deyber a confronté en plusieurs séries des vins de même provenance mais à des prix allant du simple au double. Avec comme toujours de très belles surprises ! Les stars les plus chères ne sont pas toujours les meilleures…

Après le comité de sélection au cours duquel j’ai eu la chance de contribuer à la sélection des vins de ce soir, nous nous retrouvons à la Closerie (le siège de la FCVF présidée par Marc Deyber et Nicolas Jean-George) pour le grand balet « Du simple au Double ». Pour l’occasion j’ai emmené ma chère et tendre avec moi et y ai retrouvé mes accolytes Jean-Michel, Seb et Marc.

Les choses sont désormais officielles : un groupe de dégustation nommé Caudalie composé ce soir d’environ 15 amateurs, se retrouvera une fois par mois dans la belle salle de dégustation au 1er étage du Restaurant La Closerie. D’après mes souvenirs de dégustation à l’occasion du Comité de Pré-sélection d’il y a quelques semaines la composition de ce thème paraissait pour le moins complexe. Malgré cela plusieurs combinaisons de choix nous furent servies ce soir avec toujours cette logique de prix allant du simple au double, et même plus parfois.

Nous commençons en trombe avec un vin à l’apparence jaune or pâle, à l’aspect limpide et avec une belle brillance. Les larmes sont fines. Le nez est d’entrée très discret avec une note réductive de vernis à ongles très présente. Puis le nez s’ouvre formidablement sur les fleurs blanches (lys) avant l’abricot et des touches d’agrumes (citrus, mandarine). J’ai trouvé l’attaque souple et grasse avec un beau volume et une évolution chaleureuse typique d’un millésime ensoleillé. La grande minéralité du terroir s’affirme comme en témoignent des notes de pierre à fusil. Pour ceux qui sauront l’attendre, ce grand vin de caractère leur laissera une sensation d’harmonie et un superbe équilibre malgré une dimension puissante provenant d’un millésime 2009 généreux. Il s’agit d’un Sancerre « Génération XIX » 2009 du Domaine Alphonse Mellot qui aura mis beaucoup de temps à se faire dans le verre mais qui procure des accords gastronomiques de grande classe avec le thon rouge ou le saumon fumé. Comme le Sancerre « Les Monts Damnés » 2008 de François Cottat goûté récemment, laissez-le souffler plusieurs heures avant de le servir. Ou sinon profitez de ses qualités dans environ 3-5 ans et ce jusque 2020 au moins (35.00€). IVV : 86-88+/100.
Face à lui le Touraine blanc 2009 du Domaine Noëlla Morantin affiche une robe plus intense et tout aussi limpide. Composé lui aussi à 100% de Sauvignon, son nez est mûr et passé le beurre et le caramel (bonbon anglais), on y trouve les agrumes confits et l’anis. La bouche est complexe et aguicheuse : l’abricot, le coing confit, l’ananas précèdent une arrière-bouche légèrement oxydative et grasse. La finale est quant à elle minérale et sapide, avec une touche de salinité qui porte cet ensemble gras et très mûr. L’élevage est perceptible et affadit quelque peu le vin dans son ensemble, surtout après quelques temps dans le verre. Je ne suis pas sûr que ce vin doive être carafé avant la dégustation afin de profiter de la richesse et de la matière immédiate de ce vin (15.90€). IVV : 83/100.

La deuxième série de cette soirée flaire bon la Bourgogne et ce, dès le premier nez qui impressionne de par sa complexité et sa dimension. Le menthol, la truffe blanche, l’artichaut et le tilleul dominent ce nez fin et original avant que celui ne devienne plus profond et encore plus complexe sur le fruit jaune confit (mirabelle, coing, banane), la poire et une pointe exotique. Impressionnant ! L’attaque en bouche est fine grâce à une acidité droite et rafraîchissante. Grande minéralité, avec les agrumes et le miel en toile de fond. La finale est persistante et profonde et met en valeur ce vin de caractère. Chaleureux et pur, ce vin est assurément un grand Côte de Beaune… Et bien je ne croyais pas si bien dire puisqu’il s’agit du Côte de Beaune « Pierres Blanches » 2008 du Domaine Emmanuel Giboulot. Ce petit domaine est un des pionniers de la biodynamie dans la région depuis 1985 et géré par un kiné parisien qui pratique des rendements minuscules (20hL/ha) et effectue un travail drastique et passionné en cave. Un exemple ! Le seul problème avec tout cela : la disponibilité des vins et le prix quelque peu élevé pour un vin de cette appellation. Mais franchement E. Giboulot a fait un vin de grande classe donc peu importe (32.00€)… IVV : 92+/100.
D’ailleurs il a surclassé le Chassagne-Montrachet 1er Cru Les Vergers 2008 du Domaine Camille Giroud. Malgré une couleur or pâle et brillante, il dévoile un nez plus classique de Chardonnay de terroir tout en étant moins complexe : fumée, poussière, beurre, anis, poire, foin. La bouche est ample et grasse. L’élevage est encore présent et laisse présager une belle garde, surtout que la matière est là tout comme une belle minéralité citronnée. Il brille par sa finesse et s’ouvre peu à peu pour se montrer une race et une prestance dignes de son appellation prestigieuse. Je dois dire que c’est un très bon vin ; un vin qui aurait certainement plus brillé s’il n’avait pas été confronté à son adversaire du soir. Mais il n’empêche qu’il lui faudra plus de temps pour s’exprimer que le Côte de Beaune (55.00€). IVV : 89-90/100.

Belle série de vins blancs avec en point d’orgue ce Côte de Beaune surprenant et un Sancerre d’Alphonse Mellot qui a tenu son rang. Les vins rouges se profilent après une petite pause et les deux vins proposés dans cette confrontation sont servis dans nos verres. Sans même porter le nez à chacun des deux concurrents en lice, nul doute que le duel suivant opposera deux Pinot Noir. Le premier vin est d’ailleurs d’apparence rubis légèrement tuilée et limpide. Le nez exprime des notes fruitées de framboise, de cerise, de figue avec une progression intéressante sur des notes tertiaires d’humus, de poivre, de tabac et de pomme de terre. La bouche est pleine d’énergie sur la viande saignante, la griotte. Les tanins sont fondus et bien intégrés dans un boisé fin. Un Pinot Noir de Savoie 2007 du Domaine Dupasquier qui étonne : c’est bon, souple et facile d’accès malgré un léger affadissement et un manque de fraîcheur en fin de bouche (11.50€). IVV : 82/100.
Son homologue de Bourgogne se prénomme Volnay et est produit par Olivier Leflaive en 2007. D’apparence rouge rubis brillant et au disque gras, il est d’une grande fraîcheur au nez alliant la framboise fraîche au croquant de la cerise fraîche. Il se montre tout aussi friand en bouche et se prolonge avec élégance sur des notes plus tertiaires. Un Volnay élégant, bien fait et féminin, mais qui ne vaut vraiment pas son prix (30.00€). IVV : 83/100.

Nous finissons cette fois-ci par une trilogie de rouges qui va du simple au triple… Ce sont bien souvent les vins du Sud qui offrent une grande élasticité au niveau des prix donc nul doute que cette dernière série aura un accent méridional. Le Côteaux d’Aix en Provence « Réserve des Gardians » 2009 du Domaine d’Eole est un vin de plaisir. Avec sa robe grenat aux reflets violacés, il dévoile un nez très aromatique qui mêle tantôt les épices (poivre, herbes de Provence) tantôt le fruit frais (mûre, cassis) avec une légère évolution confiturée. En bouche ce vin s’exprime pleinement. Puis sa fine acidité prend le relais et prolonge ce vin gourmand et rond dans une belle finale sapide et minérale. Ce vin friand et généreux est l’entrée de gamme du Domaine d’Eole mais avec des rendements faibles (28hL/ha) et une culture raisonnée, nul doute que ce vin d’assemblage Grenache – Syrah – Cinsault – Carignan fera un malheur sur vos tables d’été (8.40€). IVV : 85/100.
Face à lui, un autre Sudiste qui m’avait fait très forte impression lors d’une précédente dégustation : le Côtes du Roussillon Villages « La Compagnie des Papillons » 2008 du Domaine du Clot de l’Oum. Sa couleur est rouge profonde assez saturée avec des reflets violacés. Le nez est discret mais extrêmement sexy, sur des notes intenses de cerise noire avec aussi la mûre et une touche de caramel. La bouche est un jus de cerise noire ! Pulpeux, friand avec un bel équilibre acidulé, le tout évolue vers un côté plus sauvage avec quelques temps dans le verre. Il n’en demeure pas moins frais et équilibré avec un toucher de bouche velouté et une superbe texture de goût. Là aussi on parle d’un vin aux rendements minuscules (16hL/ha) et un assemblage de cépages Carignan (50%), Grenache (45%) et Syrah en culture biologique (15.60€). IVV : 90/100.
Pour finir voici le Seigneur des rouges de la série. Vinifié par Michel Rolland, le Coteaux du Languedoc « Tête de Bélier » 2007 du Château Puech-Haut est un véritable monstre. Son rouge rubis sombre annonce un nez mûr mais néanmoins très harmonieux d’olives noires, d’épices et de fruit noir (mûre, cerise). En bouche cette bête à cornes attaque vivement et malgré une structure puissante et beaucoup de mâche, il révèle un beau fruit confituré et des tannins soyeux. Les épices rejaillissent dans une finale persistante et ensoleillée, presque entêtante mais aucunement alcooleuse malgré un titre de 15° ! Du très bon travail à la Michel Rolland pour un superbe vin du Languedoc qui se boira allègrement entre 2015 et 2025 après quelques heures en carafe (29.00€). IVV : 93/100.

Il est temps pour nous de regoûter nos favoris avec les mets raffinés du Restaurant. Je reste abasourdi par la qualité du Côtes de Beaune produit par Emmanuel Giboulot. La série de rouges fut très complète et bien réussie malgré un Volnay décevant. Mais bon il n’est pas étonnant qu’un vin de Bourgogne (ou a fortiori un vin de Bordeaux) aient eu du mal à briller dans cette dégustation où le prix fut un critère strict de sélection.

In vino veritas

One Comment