François Chidaine et le Domaine de la Rouviole, un duo de choc

By 11 juin 2014Non classé

Lors d’une soirée en deux temps présentée par notre caviste favorite Marie-Jo Bauer, les Avinturiers ont pu découvrir deux domaines qui montent dans le paysage viticole français : François Chidaine en Touraine et le Domaine de la Rouviole en Minervois. Empreints des nuances des Montlouis-sur-Loire et du Vouvray « Le Bouchet » du vigneron tourangeau, nous sommes ensuite partis prendre un bain de soleil avec notamment le Vin de France « Le Revenant » et le Minervois La Livinière de la famille Léonor.

 

Marie-Jo BauerForts de nos rendez-vous mensuels au Restaurant Au Canon d’Or de Mulhouse nous nous retrouvons cette fois-ci pour partir à la découverte des nouvelles pépites d’une caviste engagée et convaincue des bienfaits des vins bio, Marie-Jo Bauer. A l’occasion de cette soirée découverte elle nous a laissé son tablier de membre du club pour revêtir son costume de caviste et nous présenter deux vignerons qui figurent tout fraîchement dans sa gamme de vins bio : François Chidaine et le Domaine de la Rouviole.
Marie-Jo aime partager et elle nous démontré une fois de plus à l’occasion de cette soirée dégustation agrémentée de deux plats de choix préparés par Gilles Reeb. Deux vignerons de talent et qui sont sur la pente ascendante, les Avinturiers n’en demandaient pas tant !

Nous démarrons avec les vins blancs de François Chidaine. Certains d’entre vous ont peut-être déjà entendu parler de ce vigneron de Montlouis-sur-Loire, que nous avons eu la chance de rencontrer lors de la dégustation 2013 de l’Union des Gens du Métier à l’Ambassade de France de Berlin (voir par ailleurs)… Aux côtés de sa femme Manuela, François Chidaine est un vigneron taciturne et boulimique de travail. Il exploite 16ha de vignes en biodynamie depuis 15 ans maintenant et je peux vous dire que l’expression de ses Chenins est à l’image du terroir complexe sur lequel il travaille. Le silex et l’argile recouvrent une roche-mère calcaire très dure : le tuffeau. Le sol confère chaleur et matière alors que ce tuffeau préserve toute la fraîcheur de ces vins.

Vouvray Pétillant François ChidainePassons à la dégustation avec pour commencer le Vouvray Pétillant 2010 issu de vignes de 40 ans et de rendements dérisoires (20hL/ha). Déjà à ce niveau de la gamme rien n’est laissé au hasard et ce vin effervescent trouve parfaitement sa place ! Gorgé de fruit blanc qui évolue tour à tour sur la mirabelle, les fruits exotiques pour ensuite gagner en matière (pâte de fruit), il se donne avec ferveur et profondeur. L’attaque en bouche est opulente, grasse mais portée par une bulle fine. La pomme, la mie de pain et la poire sont gourmandes et même si le tout finit un peu court, il se révèlera assez bien en apéritif ou sur un foie gras…

Le Montlouis-sur-Loire « Les Choisilles » 2011 est un Chenin sec issu de vignes oscillant entre 30 et 90 ans. Passé un élevage de 11 mois sur lies fines (en demi-muids), il termine à 1.3g/L de sucres résiduels. Il évoque un nez complexe de candy, de tarte à la rhubarbe et de pêche blanche. Malgré son attaque en bouche discrète rehaussée d’une fine touche vanillée, il déploie toute sa classe au palais avec une palette aromatique très large et complexe : imaginez une variation fruitée (groseille, pêche jaune) puis les épices (cardamome) et des touches d’herbes séchées (thym). Les beaux amers en finale allongent l’ensemble et révèlent un compagnon idéal en gastronomie : un poisson de rivière en sauce aux herbes lui ira à ravir ! Très bien !
Face à lui le Montlouis-sur-Loire « Les Bournais » 2011 est encore timide et réservé. Comme tous les vins présentés lors de cette soirée, il est encore bien jeune et demande du temps pour s’ouvrir. A peine plus de sucrosité sur cette cuvée (4g/L) nous fait changer d’idée en ce qui concerne l’accord mets vin : celui-ci accompagnera à merveille un plat plus tropical comme un wok au poulet au lait de coco. Miam ! En effet les fruits exotiques sont présents au nez pour ensuite se décliner en bouche (pataya, carambole). Son amplitude, sa suavité et son élégance sont certaines, ce vin se tient droit devant vous car son équilibre est sûr. La belle finale acidulée révèle toute la longueur et la persistance de ce Chenin de classe.

Deux vins demi-secs donnent la réplique à cette première série très réussie. Pour commencer le Montlouis-sur-Loire « Les Tuffeaux » 2010 s’ouvre sur l’ananas et des fines notes végétales. Sans excès et plutôt timide de prime abord, il se distingue par sa belle tenue de bouche et une texture veloutée très agréable. Le fruit de la passion partage la scène avec la tarte aux pommes et même s’il a moins de relief que les deux vins precédents, il se défend très bien dans cette série car ses 13g/L de sucres résiduels sont parfaitement intégrés.
Le dernier candidat de cette série de vins blancs de François Chidaine est un peu plus vieux : le Vouvray « Le Bouchet » 2007 offre 16g/L de sucre après un élevage de 11 mois. Le nez est d’emblée plus aguicheur car il est pleinement ouvert : la mie de pain, les fruits jaunes mûrs, le miel de fleurs et le thym évoluent peu à peu sur le caramel au beurre salé. Cette belle combinaison d’arômes précède une bouche onctueuse et de beau volume. Après 7 ans de vieillissement on peut dire que ce Vouvray est à pleine maturité. Même s’il est un peu court il reste très agréable. Avec le temps dans le verre, on perçoit déjà des arômes secondaires de champignon. Là encore les accords gastronomiques sont multiples et sublimeront ce Vouvray abouti.

Croustillant au chèvre et miel

Après la découverte de leurs excellents vins de Loire il y a quelques mois, Manuela et François Chidaine transforment l’essai avec cette belle série de Chenin ! A la fois complexes, pleins de nuances et fidèles à leur terroir, ils sont d’excellents révélateurs de grande gastronomie. D’ailleurs le fromage de chèvre chaud au miel servi par Gilles Reeb, recette simple et rapide, a propulsé le Montlouis-sur-Loire « Les Bournais » 2011 dans une autre dimension. Je ne peux que vous recommander ce domaine exemplaire de Touraine.  

L’autre découverte de la soirée nous emmène en Minervois La Livinière et plus précisément au Domaine de la Rouviole. Propriété de la famille Léonor depuis 1950, la Rouviole s’étend sur une surface importante de 40ha dont un vignoble de 30ha entièrement géré selon les principes de la culture biologique. Les vignes sont relativement jeunes (20 ans de moyenne) mais bénéficient de conditions climatiques exceptionnelles (près de 300 jours de soleil par an – on en rêve tous, vent frais venant de la Montagne Noire) ainsi que de sols divers avec une dominante argilo-calcaire.

Les vins du Domaine de la Rouviole restituent le meilleur de leur terroir et bénéficient d’une biodiversité avantageuse car les vignes sont bordées de garrigue et d’oliviers. Nous entendons d’ores et déjà chanter les grillons et les cigales et le premier vin ne fait qu’amplifier ce plaisir : Le Minervois « Cuvée Baroque » 2011 provient d’un assemblage à dominante Cinsault complété par 30% de Syrah et 20% de Grenache. Le nez est un véritable coup de boule et nous en met plein la vue : la cerise et le cassis se parent d’épices (clou de girofle) et de fumée. En bouche le vin tapisse le palais de fruit et de tanins soyeux ; le tout se veut croquant et vif en finale ce qui lui procure une fraîcheur toute particulière.

Le Minervois « Cuvée Sélection » 2011 est issu d’un assemblage de 70% Syrah et 30% Grenache et a été élevé un an en barriques neuves de chêne français et américain. Au nez son fruité est juteux, la cerise et la mûre à pleine maturité se déclinent avec joie. En bouche les épices et les fruits noirs sont mêlés à la réglisse. Les tannins sont encore serrés, frais et un peu amers (à cause de l’élevage ?) Cependant la longueur du vin est respectable et titillée par des soupçons poivrés.

Domaine de la RouvioleJ’avoue n’avoir plus été très concentré pour déguster les deux dernières bouteilles de la soirée, cependant le Vin de France « Le Revenant » 2011 nous a procuré beaucoup de plaisir sur la bavette de boeuf préparée avec amour par Gilles Reeb, notre chef attitré ! Cette cuvée faite à 90% des plus vieilles vignes de Carignan (plus 10% de Grenache) a été récemment récompensée par une médaille de bronze au « Challenge Millésime Bio » 2013. Le Carignan est vieilli en cuve afin de conserver toute sa pureté et sa finesse alors que le Grenache est passé en fût de chêne (3è vin) pour conférer toute la structure à l’ensemble. L’assemblage est réussi, le vin est profond, doté de multiples facettes (fruit noir, épices) avec une dimension minérale singulière. Bravo !
Pour terminer le Minervois La Livinière 2011 du Domaine de la Rouviole est issu d’un assemblage à part égales de Syrah et de Grenache. Il explose en bouche avec une puissance non contenue, le fût est encore présent mais le tout se fera sans doute après plusieurs années de vieillissement. En effet sa densité, sa profondeur et son explosivité sont indéniables ! Peut-être même un peu trop à mon goût…

En somme le Domaine de la Rouviole se trouve depuis quelques années sous les feux de la rampe. Régulièrement salués par la critique les vins de cette propriété se caractérisent par leur expression du fruit ainsi que par une matière généreuse. J’ai un petit faible pour la Cuvée Baroque (7.50€ prix caviste) mais aussi pour le Vin de France « le Revenant » que vous trouverez à 13€ chez Marie-Jo. Je vous conseille de carafer les vins avant de les déguster sur des viandes rouges grillées. Après je vous laisse comparer les Minervois de la Rouviole avec ceux du Domaine des Homs, que nous avions dégustés par ailleurs. Vous vous ferez votre propre opinion pour départager ces deux belles adresses de cette région viticole fascinante…

La Grange de Marie-Jo, 1 Grande Rue, F-90100 Suarce
Tél. 03 84 29 67 45, mj.bauer@wanadoo.fr

Merci Marie-Jo !

In vino veritas