Les appellations méconnues

By 11 octobre 2011Non classé

En voici un thème intéressant ! Pour tous les lecteurs qui veulent sortir des sentiers battus ou redécouvrir des appellations peu célèbres, voici ce compte-rendu de la dernière dégustation du groupe Caudalie. A noter tout particulièrement : Jasnières blanc « Les Rosiers » 2009, Domaine de Bellivière ; Vin de Table de France « Tu vin plus aux soirées…! » 2010, Domaine Mas del Périé.

Comme chaque mois je retrouve mon équipe de dégustation de la FCVF (Fédération Culturelle des Vins de France) nommée Caudalie pour un thème de dégustation original, didactique mais aussi périlleux en terme d’évaluation. En effet, bonjour les gamelles quand les vins servis à l’aveugle proviennent de régions aussi peu connues ! Nous commençons sans tarder cette soirée au court de laquelle nous dégusterons 3 vins blancs, 5 vins rouges et 1 vin liquoreux. La sélection des vins se limite à nos frontières (en bons chauvins que nous sommes…)

Le premier blanc, un Vin de Pays du Val de Loire « Terre ! » 2010 du Domaine du Clos de l’Ecu provient du cÅ“ur des Coteaux du Layon. Après un examen rapide de la robe jeune pâle et des reflets fluo brillants, nous apprécions son nez ouvert d’agrumes (citron, pamplemousse), de mélisse, de fougère et de fleurs blanches. En bouche, le tout est d’abord peu expressif et a peu de volume. L’acidité en milieu de bouche prend le dessus sur la matière de ce 100% Sauvignon discret, souple mais qui prend une orientation amère en fin de bouche. A boire maintenant sur des huîtres ou des poissons d’eau de mer (9.00€). IVV : 77/100.
Le Bugey blanc « Cuvée de la Serrane » 2009 du Domaine Monin provient de ce vignoble peu connu de l’Ain et est issu de Chardonnay. Sa couleur jaune plus soutenue est pâle et aux reflets brillants. Son nez est expressif, sur la compote de pomme blette, la poire et le coing, avec une petite évolution épicée. Gras en entrée de bouche, avec une belle matière, il est soutenu par une belle acidité et une rétro-olfaction sur l’orange amère et la pomme. Son terroir et le millésime lui confèrent une belle chaleur dans une finale légèrement saline. Un bel exemple de vin de cépage Chardonnay, un compagnon idéal en apéritif sur en entrée de repas (8.50€). IVV : 80-82/100.
Pour terminer cette série de blancs, nous avons droit à un vin qui m’a beaucoup plu : il s’agit du Jasnières blanc « Les Rosiers » 2009 du Domaine de Bellivière. Son nez profond et fermé de prime abord évolue lentement sur des notes miellées, les fruits exotiques, la résine et le fruit blanc confit. L’attaque en bouche est quant à elle subtile et toujours sur le fruit (pêche, fruits exotiques), la matière est dense et soyeuse avec un équilibre sucre/acidité de bon aloi. A la fois ample et généreux, il me fait penser à un pinot gris d’Alsace de grande élégance. Sa maturité de fruit, son équilibre bien maîtrisé (15g/L de sucres résiduels) ainsi que sa finale persistante en font sans conteste le champion de cette série de blancs (23.90€). IVV : 86/100.

La série de rouges commence avec une très belle réussite qui au delà de son prix transcende un cépage souvent décrié, à savoir le Gamay. Le Vin de France Côte Roannaise « Cuvée 100% Rouge » 2010 du Domaine du Picatier dévoile sa belle robe grenat profonde qui précède un nez généreux et mûr de cerise noire, de fruits à noyau, puis de pruneau et de cuir. La matière est délicieuse, soyeuse et mûre. Elle glisse sur le palais avec une aisance tout en dentelle et fait la part belle aux fruits rouges et aux épices (poivre). Ce vin de copains n’attendra pas pour être dégusté sur un plateau de charcuterie ; c’est un vrai régal et une vraie découverte (8.80€). IVV : 85/100.
Le Marcillac « Lo Sang del Païs » 2010 du Domaine du Cros ouvre de nouvelles perspectives. Issu à 100% d’un cépage ancestral du Sud-Ouest, le Fer Servadou, il exhibe une très belle robe pourpre profond aux reflets violacés aux larmes nombreuses. La palette olfactive est quant à elle un peu plus fermée et dégage des notes originales de charbon, de café puis de cassis, de mûre et de ronces mêlées au poivron vert : évidemment, les deux dernières nuances mettent en avant le côté rustique du vin. La bouche est elle aussi un peu astringeante mais vive tout de même. Je me souviens de tannins plutôt rustiques avec ces notes persistantes de charbon et de fruit noir croquant. Il n’empêche que ce Marcillac est de belle tenue mais si ce n’est pour moi pas vraiment un coup de foudre (10.80€). IVV : 81/100.
Nous retournons aux confins du Jura et de la Savoie avec ce Bugey « Cuvée les Perrailles Vieilles Vignes » 2009 du Domaine Monin, le même propriétaire que le Chardonnay dégusté plus tôt. Sa belle couleur ressemble étrangement au vin précédent. Le nez met du temps à se mettre en valeur mais se distingue à l’aération par sa finesse et son fruité élégant. La mûre, la crème de cassis précèdent des touches subtiles et gourmandes de vanille, d’amande et de caramel. Son velouté et son toucher de bouche invitent à la consommation ! Sa finesse et ses délices de fruit enrobé de nougat se prolongent dans une finale fraîche où l’on retrouve la cannelle et le caramel. Ce Bugey produit à 100% à partir de Mondeuse a passé 8 mois en barriques et se comportera à merveille sur des viandes en sauce à la crème (14.90€). IVV : 83+/100.
Mon chouchou de la soirée se distingue par son nom et surtout par la meilleure note parmi tous les vins rouges dégustés : « Tu vin plus aux soirées…! » 2010 du Domaine Mas del Périé est un vin de table de France qui nous vient du Sud-Ouest puisqu’il est issu du vignoble de Cahors. Composé pour moitié de Cabernet Franc et de Malbec, il exhibe tout d’abord sa robe cassis très concentrée, presque noire. Magnifique ! Portez le verre à votre nez pour prendre un véritable shoot de confiture de mûre, de cassis et de framboise ; viennent ensuite les fleurs et une touche intense de violette. Autant vous dire que cette bombe de fruit n’y va pas par 4 chemins mais malgré une grande concentration, ce vin de fruit sait rester superbement accessible, digeste et frais. Sa belle trame suggère toute la qualité du vigneron qui nous propose son insolente entrée de gamme : pour nous tous la surprise de la soirée (10.30€). IVV : 85+/100.
D’autant que le dernier rouge de la soirée est pour moi à revoir, ou à regoûter. Le Côtes du Luberon « Les Artèmes » 2008 du Domaine de la Citadelle n’est pas à la fête. Passé sa robe rubis, des arômes tourbés, de vernis à ongles témoignent d’une certaine réduction. Ce n’est qu’après quelques instants que je distingue des arômes friands de fruits noirs et de sureau. Mais rien y fait je n’arriverai pas à apprivoiser ce vin qui n’est pas à la hauteur de la série de rouges malgré ce thème à la recherche des insolites de nos régions…

Nous concluons cette soirée riche en apprentissages par un bien bel exemple d’un des plus petits vignobles de Loire : le Côteaux de l’Aubance 2009 du Domaine des Rochelles brille comme de l’or liquide dans le verre avec des larmes nombreuses et lourdes. Le nez exprime tour à tour l’ananas confit, puis le miel, les fruits exotiques, la poire, le bouillon blanc et le coing piqué de cannelle. La bouche est vibrante, grasse et reprend le miel, l’ananas, le sirop avant de finir en beauté sur le coing. La belle matière, la maturité du Chenin a bien été saisie dans ce vin excellent qui a su jouer le jeu de la fraîcheur avec cette finale sapide et minérale. Belle réussite (18.00€) ! IVV : 85/100.

La soirée touche à sa fin, il est temps de faire les comptes des plus grandes perles sorties au cours de cette soirée piège ! Malgré cela j’ai pu saisir tout le potentiel de certains jeunes vignerons qui malgré des vignobles méconnus, travaillent d’arrache-pied afin de porter haut les couleurs du vin français.

In vino veritas