Les Rois du Vin – Edition 2009

By 19 octobre 2009Non classé

Chaque année au mois d’octobre, il est l’heure pour l’amateur de vin que je suis de participer activement à la Foire aux Vins organisée par la chaîne de grande distribution Coop dans le cadre magnifique du Schützenhaus de Bâle. Accompagné de mon père, d’Hubert et de mes amis Fabrice et Hervé, nous sommes partis à la découverte de grands vins de France et du monde…


Cette année, mon père et moi devions participer à la soirée inaugurale sur l’invitation de notre ami Jean-Claude Ruetsch que je n’ai malheuerusement pas eu la chance de croiser lors de mes deux virées à cet évènement vinique dans la ville de Bâle. Mon calendrier chargé ne m’a pas permis de me rendre là-bas (j’avais une bonne raison, ne vous inquiétez pas…) mais au vu du compte-rendu fait par mon père le lendemain, cette foire aux vins vaut toujours encore la peine.

D’autant plus cette année où les conditions de dégustation ont été bien meilleures grâce au temps plus froid en plus de la présence de mon encyclopédie des vins sur patte en l’occurence Fabrice, accompagné d’Hervé lui-aussi du métier (Fabrice si tu me lis, excuse-moi de l’expression !…) Après presqu’une heure d’attente au Monde du Vin où j’ai récupéré mes deux compères du soir, nous nous rendons au Schützenhaus. Nous entamons la série de vins blancs en attendant Hubert et mon père avec 3 vins. Le Valais « Blanc de Mer Alinghi » 2007 vinifié par Jean-René Germanier offre une entrée en matière minérale, vive et bien équilibrée. Doté de beaux arômes de fruits blancs et d’agrumes, il glisse en bouche avec une belle fraîcheur, un léger gras et une finale fine et moyennement longue. Une très belle expression qui contraste avec le Valais Chardonnay – Sauvignon 2008 du Château Bonvin certes très Sauvignon (herbes fraîches, agrumes), mais manquant de maturité. En résulte un ensemble raide cru qui vient peut-être de rendements ou d’un pressurage trop élevés.
Dans les vins étrangers (comprenez hors Suisse), nous avons eu affaire à beaucoup d’expressions (trop) modernes. D’autres utiliseraient l’expression « putassier » pour caractériser un vin surfait et trop raccoleur aux notes tantôt vanillées, pâtissières, tantôt animales et boisées plutôt inhabituelles pour les âmes françaises sensibles que nous sommes. Nous retenons donc le Napa Valley Sauvignon Blanc 2007 des vignobles Beringer, grande maison nord-américaine qui nous offre ici un exemple de vin mûr, rond, vanillé car passé plusieurs mois en barriques, mais doté néanmoins d’une certaine finesse et d’une acidité suffisante et desaltérante. Mais la plus belle expression en vin sec, avec le premier vin sigillé Alinghi, restera ce Rueda 2008, Bodega Naia. Issu du cépage Verdejo (100%) et d’une région au climat chaud et sec au Nord de Madrid, il se montre tout d’abord discret puis s’oriente sur des belles notes d’agrumes et de minéral. La bouche est taillée au laser avec une acidité vive et tout en longueur. Ce n’est pas un monstre de complexité et de volume, mais il se rattrape de par sa belle finale fruitée (zeste d’orange, citron, pamplemousse) et puissante. Un vin bien fait et bon marché (9.40€) qui accompagnera à merveille un plateau de fruits de mer (tout comme le Valais « Blanc de Mer Alinghi » d’ailleurs) ! IVV : 88/100.

La majeure partie des 20 stands étaient uniquement dédiés aux vins rouges, c’est pourquoi je ne rendrais ici compte uniquement des meilleures découvertes et des vins qui nous ont le plus enchantés lors de cette campagne 2009. 3 vins suisses pour commencer, avec le Valais Humagne Rouge 2007 du Maître de Chais Provins. Issu d’un cépage uniquement cultivé en Suisse, ce vin aux notes sauvages, de sous-bois, de thym sait rester mesuré et élégant au nez. En bouche, le tout est plein de caractère, racé et même plus raffiné que la Syrah 2008 de Jean-René Germanier goûtée précédemment. La finale profonde est dotée d’un bel équilibre où les petits fruits rouges se déclinent agréablement. La plus belle Humagne qu’il m’est été donnée à ce jour.
Vient en apothéose une comparaison fort intéressante entre deux grands Merlots du Tessin. Tout d’abord le Merlot del Ticino Rubro 2006, Valsangiacomo étonne de par son extrême fraîcheur. Issu d’un terroir calcaire unique dans la région (province de Castel San Pietro), il est passé 16 mois en fût de chêne. En résultent des notes animales de prime abord (gibier, champignon), puis de fruits noirs et rouges mûrs qui explosent au nez avec des notes torréfiées. La bouche est vive, avec une fraîcheur remarquable, dotée d’un grand équilibre, de tannins bien soyeux et doux qui confèrent une certaine gourmandise à l’ensemble. Après quelques moments, le tout prend de l’ampleur et gagne en puissance. La finale reste très fraîche. D’un autre côté, le Merlot del Ticino Ligornetto 2006, Vinattieri Ticinesi divulgue une robe différente, plus rouge sombre et plus brillante. Le nez est moins vif mais plus complexe de fruits mûrs, de pruneaux, de café et d’épices. L’ensemble est plus élégant en bouche, avec un grain fin, soyeux et des tannins juteux. Il a la classe et l’équilibre d’un Pomerol ! Un grand Merlot qui ferait beaucoup de jaloux sur la Rive Droite… Difficile de choisir entre les deux, mais je dirais que le dernier à une classe et un potentiel supérieurs. IVV : 92-93/100.

Retour en France et plus précisément dans la Vallée du Rhône où je suis une fois de plus déçu des vins de Jean-Luc Colombo (dont l’Hermitage Le Rouet 2006). Par contre, je fais découvrir à Fabrice un très joli Gigondas Tradition « Le Grand Montmirail » 2007 du Domaine Brusset. Composé à 65% de Grenache, 15% de Syrah, 15% de Mourvèdre avec un complément de Cinsault, ce vin issu d’un grand millésime étonne de par sa minéralité et son extrême fraîcheur, en plus d’une belle palette de fruits rouges surmâturés. L’ensemble est riche mais harmonieux au palais avec des fruits noirs, cette belle note de garrigue et une pureté remarquables. Fabrice et Hervé avouent que ce vin figure parmi les meilleurs Gigondas qu’ils aient bus, je confirme d’année en année que ce domaine figure parmi les meilleurs de l’appellation. Il n’a pas à rougir devant un Château La Nerthe 2005, Châteauneuf-du-Pape qui s’est bien repris depuis ma dernière dégustation l’année dernière et se démarque toujours par sa fraîcheur, sa complexité et son élégance. IVV : 91-92/100.
Avant de passer à Bordeaux, nous nous arrêtons pour déguster le Saint-Chinian « Schistes » 2006, Stratagème bien connu de Fabrice puisqu’il le vend en boutique. Aux alentours de 10€, ce vin tendre, frais et légèrement mentholé regorge de fruit noir mûr, tout en restant friand, frais et doté d’une belle longueur. Un best buy, tout simplement !

Pour les amateurs de Bordeaux (et je sais qu’il y en a…), nous avons fait un passage éclair par les trois stands dédiés à cette mythique région viticole. A la recherche de diversité et de nouveaux horizons, nous nous sommes pas vraiment attardés mais la dégustation d’un Château Pibran 2006, Cru Bourgeois de Pauillac insipide, poussiéreux et où le manque de maturité du Cabernet Sauvignon est palpable ne nous a pas vraiment offert la meilleure mise en bouche. C’est alors que nous nous tournés vers un vin de plus grande qualité (voyez plutôt) avec un excellent Château Pontet-Canet 2006, 5è Cru Classé de Pauillac, encore jeune et fermé, mais offrant déjà une palette d’arômes d’encre, de fruit noir mûr, de fumé en plus d’une couleur grenat sombre, opaque très impressionnante. La bouche est fermée, puissante, chaleureuse, mais possède des tannins mûrs alliés à une profondeur et une concentration remarquables. C’est un grand Pauillac, un Seigneur intouchable pour le moment même s’il n’en est pas moins abouti. Tout le travail réalisé par Alfred Tesseron dans les vignes est un exemple à suivre pour cette région tout comme son mode de culture biodynamique. Bravo ! IVV : 92++/100.
Même s’il n’en a pas le potentiel et la dimension, le Château Gruaud-Larose 2006, 2è Cru Classé de Saint-Julien est d’une belle pureté, d’une vivacité sur les fruits rouges et le tabac blond. L’attaque est soyeuse et se distingue de par son élégance, son harmonie. Le tout gagne en ampleur en fin de bouche et se prolonge dans une finale longue et équilibrée. Certes il est plus ouvert que son prédécesseur et sera prêt à boire bien plus tôt, dans 2-4 ans, même il demeure un cru de choix et plein de distinction. IVV : 90/100. Il est bien meilleur que le Château Saint-Pierre 2004, 4è Cru Classé de Saint-Julien qui n’est pas trop à la fête (poussière, moisi) mais garde une structure honorable, et le Clos du Marquis 2003, Saint-Julien qui une fois de plus se dévoile comme un vin de plaisir immédiat mais éphémère à boire dans les prochaines années.
Enfin, j’éprouve une certaine excitation à regoûter le Château Cos d’Estournel 2004, 2è Cru Classé de Saint-Estèphe après mon grand souvenir d’il y a deux ans (voir ici) et je dois dire que ce grand vin est désormais entré dans une phase fermée, moins exhuérante. Le nez est strict (sang, fruit rouge) et contraste avec la complexité d’antan. Le tout se distingue en bouche de par une fraîcheur, une pureté et un équilibre de premier ordre et montre une dimension incroyable. La clé à vin de Fabrice ne fera que confirmer tout le potentiel et la puissance de ce grand vin qui évolue favorablement sur la cerise et les épices. IVV : 93-95/100. Il contraste avec le Château Montrose 2004, 2è Cru Classé de Saint-Estèphe que j’avais goûté quelques semaines auparavant et qui se distinguait de par son élégance et son côté séducteur. Si séducteur que j’ai dû en acheter une caisse…

Après ce court passage à Bordeaux, en route pour l’aventure avec plusieurs pays traversés avec en tête l’Italie, le Portugal et l’Espagne. Afin d’écourter le commentaire, je rends compte de mes coups de coeur, à commencer par le Ripasso della Valpolicella 2006, Bosan Cesari. Un vin de plaisir absolu, confit, riche en fruit noir et fruit rouge à noyau, très gouleyant en bouche avec des notes très fruitées de jus de cerise, de cacao et de vanille. De consistence presque sirupeuse, souple, il saît garder une belle fraîcheur en milieu de bouche avec une puissance toute relative. La finale est gourmande, presque sucrée (mûre, cassis) et profonde. Dans la lignée de son petit frère, l’Amarone della Valpolicella 2004 de Bosan Cesari exhale des notes torréfiées, de pruneau, de chocolat et de pomme plus mûres et plus oxydatives. Ses tannins veloutés apaisent quelque peu sa grande puissance et mettent en valeur ses atouts gourmands et flatteurs. D’autant plus que l’ensemble est doté d’une belle acidité et offre une finale longue et profonde. Le plus bel exemple d’Amarone de cette foire aux vins. Par ailleurs, notons une autre belle découverte dans les vins toscans avec le Chianti Classico Riserva Ser Lapo 2004 du Castello di Fonterutoli qui laisse une excellente impression générale. Issu d’un assemblage Sangiovese – Merlot, sa belle robe rubis préfigure un ensemble élégant, sur les fruits rouges et le chocolat qui est tout aussi fin et agréable en bouche avant une finale vive, sur le fruit rouge mûr. Un bel exemple à conseiller à tous ceux (comme moi) qui galèrent pour trouver un beau Chianti (prix estimé : 15-20€).

Nous passons aussi vite fait par l’Espagne où nous occultons toute la région du Duero pour nous concentrer sur deux vins de Castille. Tout d’abord le Yecla 2007, Heredad Candela fait à 100% de Monastrell (Mourvèdre en français) nous chrame de par son côté très féminin et met en valeur un bouquet de fruits rouges et noirs (cassis). La bouche est tout aussi élégante et gourmande avec du gras et de la puissance en finale. Une dame de fer qui montre deux visages. Puisque nous parlons de femmes, laissez-moi vous présenter le Jumilla Pico Madama 2006, Bodegas y Viñedos de Murcia. Autant vous le dire tout de suite, voici le plus original de tous ! Composé à 50% de Monastrell et à 50% de Petit Verdot, il dévoile un nez complexe de cumin, de lavande, de thym, de Maggi et de fruits noirs. En bouche l’ensemble est sapide, vif, avec une belle richesse de fruits et toujours cette complexité. La finale est moyennement longue. Après une longue ouverture, le vin est plus rond et plus classique (c’est-à-dire moins original) mais il mérite vraiment une très bonne note. IVV : 92/100.

Enfin, nous terminons par la belle surprise de cette foire aux vins avec quelques grands vins du Douro (Portugal). Je fus une fois de plus interloqué par la grande qualité de deux vins en particulier. Le Douro Reserva 2006 de Quinta Nova procure un plaisir immédiat et même une certaine émotion. Velouté, soyeux, aux tannins mûrs et fins avec des belles notes de fruits confiturés, il se prolonge dans une finale moyennement longue et douce. Ces vins ensoleillés se distinguent toujours de par leur côté accessible et sans aucune lourdeur. Excellent, mais un cran en-dessous du Douro Reserva 2006 de la Quinta dos Quatro Ventos (Aliança). Plus frais, plus profond, riche en fruits noirs (particulièrement cette note de cassis frais), il offre un toucher de bouche exceptionnel avec une grande minéralité. Plus rustique avec des notes de prune et autres fruits noirs moins enrobés, il a les tannins pour évoluer favorablement dans les 5 prochaines années. Excellent ! Une caisse de 6 bouteilles SVP… IVV : 92+/100.

Pour finir, rien de mieux qu’un Valais Johannisberg Saint-Eloi Vendanges du 1er Décembre 2008, Charles Bonvin & Fils issu à 100% de Sylvaner. Il offre une belle robe claire aux reflets verts et un nez fin, élégant sur les fruits exotiques et l’ananas. La bouche est d’une fraîcheur inattendue grâce à une acidité fine et se concentre sur les fruits exotiques et le melon. Frais, rafraîchissant, surprenant ! Et c’est alors que se présente le Seigneur : Château Rieussec 2005, 1er Grand Cru Classé de Sauternes. Et comme d’habitude, ce Rieussec tient son rang avec un nez ouvert d’amande, de caramel, de miel et d’anis, avec une évolution puissante sur les notes de colle. C’est en bouche que ce vin prend toute sa dimension grâce à un grand équilibre, un rôti magnifique et une belle liqueur sur des notes similaires de caramel, de boisé vanillé, de cannelle et d’anis. Un réel plaisir avec le Leckerli de Bâle servi en accompagnement. La finale est chaleureuse sur l’Amaretto ! Quoi qu’il en soit, ce grand vin est presque déjà prêt et ne requiert pas une grande garde pour faire plaisir. Excellent voire exceptionnel… IVV : 94-95/100.

Une caisse de 6 bouteilles SVP. Non, je ne peux pas… Mais en tous cas c’est une belle conclusion de cette dégustation magnifique qui, au delà de belles découvertes et d’approches de grands vins, procure un voyage avec escales sur la Planète Vin. D’ailleurs j’en profite pour adresser un grand merci à tous mes compagnons de dégustation !

In vino veritas