Les vins de la Coume del Mas en compagnie de Philippe Gard

By 23 mars 2016Non classé

Coume del masLes Avinturiers ont eu le privilège rare d’accueillir l’homme et le domaine qui font la référence des vins de Banyuls et de Collioure. En effet Philippe Gard nous a récemment rendu visite pour témoigner de l’histoire, de la diversité et la complexité du vignoble le plus méridional du Roussillon à travers les vins de la Coume del Mas. Une superbe rencontre assortie d’un grand souvenir de dégustation.

 

C’est toujours un honneur d’accueillir un vigneron parmi nous, les Avinturiers. D’autant plus quand il s’agit d’un artisan digne de la renommée des vignobles de France et de Navarre. Philippe Gard, propriétaire de la Coume del Mas à Banyuls, s’est spécialement rendu en Alsace pour nous faire découvrir son histoire et ses vins uniques sous l’impulsion de son ami Christian, Avinturier assidu qui l’a rencontré à l’issue d’une balade en VTT…

Coume del Mas

Fraîchement arrivé de Bordeaux, Philippe Gard crée La Coume del Mas avec le millésime 2001, diplôme d’ingénieur agronome en poche. A l’époque il est vu d’un oeil méfiant par les producteurs du cru. Près de quinze ans après, il est devenu une référence incontestable et nombre de grands vignerons de l’appellation s’inspirent de son approche et de son travail. La propriété compte aujourd’hui 14 hectares répartis sur une trentaine de parcelles disséminées sur les communes de Banyuls et Collioure. Le vignoble, de par son relief accentué, son sous-sol de schistes très anciens et sa situation géographique méridionale, est un des derniers témoins originels de cette viticulture héroïque de montagne menacée de disparaître. Il faut savoir en effet que le vignoble de Banyuls figurait parmi les appellations les plus réputées à l’aube du 20è siècle : une pièce de ce vin valait alors plus qu’une pièce de Montrachet. Ainsi le cru voyait sa renommée toucher le sommet dès lors qu’il est reconnu dans le 1er décret d’appellations d’origines en 1906, bien avant la création de l’INAO en 1935. Cependant l’appellation, qui compte aujourd’hui 1400ha de vignes, lutte d’année en année pour sa survie : l’érosion et la violence du terrain conduisent à la diminution de la surface exploitée de plus de 50ha chaque année. Les conditions de travail y sont dures, les rendements restent faibles et par conséquent beaucoup de vignerons ont du mal à être économiquement viables. Et comment demander à un banquier de soutenir une affaire où la main d’œuvre pèse pour plus de la moitié du chiffre d’affaire d’une exploitation ? Philippe a su surmonter tous ces obstacles en plus de proposer un style unique dans une appellation outrageusement dominée par la cave coopérative (Groupement Interproducteurs Collioure-Banyuls ou GICB).

Philippe Gard

Philippe Gard nous introduit aux nuances sémantiques de l’appellation : les Collioure sont des vins secs, blancs ou rouges alors que les vins mutés sont obligés de porter l’appellation Banyuls. Afin de nous faire la bouche nous débutons avec un Vin de France « C’est pas du Pipo » 2015, assemblage à parts égales de 2 petites parcelles de jeunes vignes de Roussanne et de Vermentino (ou Rolle comme appelée en Provence). 2 barriques produites seulement à partir de faibles rendements malgré des densités de plantation supérieures à 6000 pieds/ha. Le nez regorge d’une grosse maturité de fruit tout en gardant une minéralité affirmée. Le minerai chaud se révèle en bouche, enrobé d’un fruit blanc pulpeux et chaleureux.

Nous passons à table avec un cocktail de crevettes au curry accompagné du vin blanc classique du domaine, le Collioure blanc « Folio ». Nous avons la chance de comparer deux millésimes au style et à l’expression antagoniques, l’un très tardif, l’autre bien précoce. Cette cuvée provient d’un assemblage de Grenache blanc, gris et de Vermentino avec un élevage en barriques bourguignonnes de 300L. Le Collioure blanc « Folio » 2014 fut relativement frais ce qui est une aubaine dans une région habituellement gorgée de soleil et de chaleur. La bouche de ce Folio est minérale et rehaussée de fruits blancs. Onctueux, gras et élégant, il s’exprime tout en richesse et en vivacité malgré une acidité faible. Son équilibre est unique et de beaux amers confèrent de la longueur. Le Collioure blanc « Folio » 2010 est quant à lui issu d’un millésime où les vendanges furent achevées le 25 août ! Les épices, le minéral, la fumée portent ce vin assagi, puissant mais aérien. L’équilibre atteint avec le vieillissement est saisissant de qualité et met au jour un grand vin de gastronomie.
Nous avons la chance de déguster un ultime vin blanc, le Collioure « Folio Cuvée Spéciale » 2013, issu de parcelles plus à l’intérieur des terres et qui bénéficient d’un climat plus frais surtout la nuit. Malheureusement le vin pèche par un léger goût de bouchon mais l’on sent d’emblée une grande dimension horizontale, une relance amère pour ce vin structuré, tannique et capable d’une grande garde. Les épices ressortent en finale, sa persistance est singulière.

 

La Coume del Mas produit trois Collioure rouges dont le Collioure « Schiste » dont nous goûtons le millésime 2014. Ce vin catalan représente une sublime expression de vieux Grenache noir sur schistes. Les vieilles vignes surplombent la Mer Méditerranée et produisent de faibles rendements de l’ordre de 20hL/ha, ce sont les premières parcelles à être vendangées chaque année. Le fruit noir se veut explosif, flatteur avec des nuances presque aigres douces. Le chocolat pointe son nez, le caramel lui embraye le pas avant que les épices ne pimentent l’ensemble jusque dans une finale fraîche. Ce vin de plaisir porte en lui l’âme des grands Grenache du Roussillon.

Face à lui se dresse le Collioure « Quadratur » 2013 qui est un assemblage de vieilles vignes de Grenache, Mourvèdre et Carignan distantes du littoral et situées derrière la ligne de crête, au soleil levant mais avec des influences fraîches. Ce sont habituellement les dernières vignes du domaine à être vendangées. Le nom du vin provient de la quadrature du cercle car à l’origine un faible pourcentage de Syrah entrait dans l’assemblage ; mais devant la force aromatique de ces Syrah, Philippe a décidé de la retirer de l’assemblage car même à faible dose, elle prenait le dessus sur les autres cépages. 2013 restera dans le Languedoc-Roussillon comme un millésime exceptionnel malgré des faibles rendements de l’ordre de 15hL/ha. Le vin offre un nez frais, appétant, sur les fruits noirs et la menthe poivrée. La bouche est extrêmement gourmande avec ses tanins puissants mais mûrs et qui demandent encore à s’assagir. Un vin évident, racé, de très grand plaisir qui s’achève sur des notes persistantes de poudre de cacao. A encaver d’urgence ou a déguster sur une brochette de bœuf comme nous l’a proposé le Chef !

Enfin le Collioure « Abysses » 2013 se positionne au sommet de la hiérarchie du domaine. Le vin est issu de vignes de Grenache et Syrah produisant très peu (14 hl/ha en 2013 !), vendangées manuellement, triées, égrappées, pressées puis élevées en barriques de chêne français durant 16 mois, avec 50% de bois neuf. Le résultat est saisissant ! Il offre un nez classique des grands rouges de schistes sur le chocolat noir, la myrtille et la réglisse, enrobé par un élevage ambitieux mais de qualité ; les tanins sont fins et nombreux, accentuant la sensation de densité du vin mais sans basculer vers une quelconque lourdeur. La finale sur des notes de graphite est extrêmement noble et prometteuse. Un grand vin qui allie l’aromatique de la Syrah avec le fond de Grenache. Quel potentiel !

Christian a sorti quelques vieux millésimes du domaine pour l’occasion : des bouteilles que même Philippe Gard n’a plus dans sa cave, c’est dire ! Le Collioure « Quadratur » 2007 fleure bon le cuir, la réglisse, le caramel avec une fine pointe végétale. La fraîcheur en bouche est caractéristiques de ce terroir froid : elle souligne une aromatique de fruit noir (cerise, cassis) avec un extrait sec et cacaoté. Ce vin brut dans son expression appelle la gastronomie et récompensera tous les amateurs patients ! Quel malheur à l’ouverture du Collioure « Abysses » 2007 en magnum, rongé par le goût de bouchon ! Rien à faire, l’aération ne fait que d’accentuer cette sensation des plus désagréables pour tout amateur… Mais Philippe Gard avait une quille de rechange avec le Collioure « Abysses » 2014 fraîchement mis en bouteille et dont nous avons la primeur… Le fruit noir est éclatant, le pruneau et la réglisse se dévoilent peu à peu. L’harmonie de cette cuvée est déjà palpable malgré son jeune âge. Des notes de framboise au chocolat, de myrtille évoluent sur des nuances viandées et de cerise noire. Quelle longueur, quel plaisir déjà !

Philippe gard

Enfin nous terminons cette soirée par la découverte de la gamme de Banyuls de la Coume del Mas. Production historique qui préserve la mémoire de la tradition de ce village historique du paysage viticole français et catalan. Tout d’abord le Banyuls Rimage « Galateo » 2013 fait honneur à la table prestigieuse sur laquelle il a été servi, celle de la COP21 de l’an 2015, en présence de Barack Obama. Inutile de vous dire que le domaine n’avait pas besoin d’un tel coup de pub ! 90g/L de sucre résiduel mais un équilibre sec pour ce Grenache muté sur grains. Finement fumé, il joue sur la cerise noire, le chocolat et la myrtille. La bouche se veut suave, fraîche et avec des tannins granuleux mais frais. Une belle introduction au charme de Banyuls mais sans excès de sucre.
Nous poursuivons avec le Banyuls Rimage « Quintessence » 2012 provient de terroirs en altitude sur lesquels mûrissent lentement des vieux Grenache. Passées des vendanges tardives et un tri sévère des raisins (moins de 15hL/ha), le vin possède 110 g/l de sucre et 16,5% d’alcool. Il a été élevé dans des barriques durant 14 mois, 50% de chêne neuf. Un vin de réflexion, une vendange tardive qui claque sous la dent : le fruit noir, la fraise mûre ainsi que des accents mentholés révèlent la complexité et la fraîcheur de ce superbe Rimage issu de vignes centenaires. Un vin très demandé par l’Université d’Oxford, certainement pour agrémenter les séances d’études à la bibliothèque !

Nous terminons avec une nouveauté, que dis-je, une rareté car en effet, il s’agit du premier Banyuls (Grand Cru) Hors d’Age proposé par la Coume del Mas. Issu d’un assemblage des millésimes 2002 et 2003, ce Banyuls a bénéficié d’un mutage sur grains suivi d’un élevage oxydatif en barriques pendant 10 ans à température ambiante dans la cuverie du domaine ! La complexité proposée par ce vin est unique par rapport aux vins précédents : des notes de cigare, de tabac blond, d’herbes séchées, de menthol, de boîte à médicament, de pruneau, de cire, de miel et j’en passe. Le raffinement du nez est extrême, la bouche est riche, finement sucrée mais la liqueur sait rester justement dosée. Chaque goutte de cet élixir fait son effet : envoûtant, aux parfums fumés et séchés, il persiste longuement pour nous laisser une trace fumée et minérale. Un grand vin de Banyuls, fidèle représentant de cette tradition et de ce terroir séculaires.

 

Philippe et Christian font la paire. Ils ont œuvré ensemble pour nous proposer une soirée riche en découvertes et en émotions autour des vins de la Coume del Mas. Les sorties de Philippe Gard loin de son domaine de Banyuls sont rares, c’est pourquoi nous ne pouvons que vous remercier sincèrement pour votre simplicité, votre sens du partage et votre passion du Vin ! Cette dégustation vient confirmer tout le bien que l’on pensait des vins du domaine : malgré peu d’acidité les blancs ont ce peps et une vivacité originales tandis que les rouges et les vins doux reflètent avec classe toute la diversité des terroirs du cru. Une confirmation, bravo !

 

In vino veritas