Les vins du mariage

Moins de 2 mois avant l’échéance, nous sommes placés en face d’immenses responsibilités puisqu’il s’agissait de choisir au cours d’une dégustation à l’aveugle les vins du mariage d’Audrey et Yannick. Plusieurs indications à ce sujet avec entre autres un Crémant d’Alsace Sélection « Au Monde du Vin », Moltès ; Riesling Gaentzbrunnen 2007, Moltès ; Dourthe N°1 Sauvignon Blanc, Bordeaux ; Château Gléon Montanié Cuvée Gaston Bommes 2003, Corbières ; Côtes du Rhône Cuvée Jules Rochebonne 2006, La Bastide Saint-Dominique.


L’instant est solennel ! Nous voici tous réunis afin de faire les derniers préparatifs du mariage de nos amis Audrey et Yannick, qui aura lieu le 27 juin prochain. C’est au cours de ce dimanche ensoleillé que nous prenons place chez nos hôtes avec Jess, ainsi que Magali et Seb, pour la dernière réunion du comité de sélection des vins du mariage. Sans connaître les plats, s’il vous plaît ! Vous comprendrez donc que l’évaluation sera d’autant plus dure…

Au total, pas moins de 8 vins : un vin effervescent, 4 blancs et 3 rouges. La présence du seul vin mousseux de la journée sera indubitable le jour du mariage, il reste donc 2 places pour 7. Plusieurs sources ont contribué au travail de recherche, d’une part le Chef cuisinier du mariage, et d’autre notre source sûre Fabrice du Monde du Vin à Saint-Louis. De petits amuses-gueule au saumon et à la crème viennent accompagner le Crémant d’Alsace Sélection « Au Monde du Vin » de chez Moltès. Issu d’un travail de sélection et d’assemblage réalisés par Fabrice lui-même chez son ami Moltès, nous avons affaire à un ensemble de couelur pâle, avec un cordon de faible intensité. Plutôt gras d’apparence, il laisse des notes de pomme et d’agrumes s’épanouir après un passage assez réductif de prime abord. La bouche est ample, effervescente donc rafraîchissante, avec les notes du nez et une légère prise de bois (amande douce). Bel équilibre, avec un peu de gras et une finale douce, il séduit d’emblée pour un apéritif.

Pour être franc, les deux premiers blancs ne conviennent à personne. Le Castillo Mont Blanc 2007, Conça de Brabera, est issu d’un assemblage Macabeu – Chardonnay. Au nez, il se caractérise par un manque d’expression flagrant. Il lui plusieurs dizaines de minutes pour « s’épanouir ». Les notes d’agrumes (citron, pamplemousse), d’herbe coupée et d’ananas sont à peine décelables. L’attaque en bouche est fine, mais fâdit peu à peu et devient amer en fin de bouche (touche de charbon). Plat, faible, il ne provoque aucun intérêt. Tout comme le Château Les Vergnes 2006, Bordeaux blanc qui malgré une belle couleur or pâle, ne nous fait pas rêver. Certes, le nez est légèrement floral, avec des touches de fruit blanc (pêche blanche, poire). La bouche se révèle très stricte, avec une amertume certaine. Deux vins à oublier.

Nous passons ensuite à une dimension bien supérieure avec le Riesling Gaentzbrunnen 2007 de la maison Moltès. Ce grand millésime en Alsace a contribué à la complexité et au magnifique équilibre de ce Riesling de terroir. De robe jaune pâle brillant, il offre un nez comparable à une grande corbeille de fruits, avec tout à tour de l’orange, de l’orange sanguine, de la citronnelle, de l’abricot, de l’ananas et de fruits de la passion. L’évolution se fait sur des notes minérales et procure une expression et une profondeur remarquables. L’attaque en bouche et tout aussi fruitée avec une belle acidité. Les fruits exotiques, l’abricot puis une note minérale reviennent au premier plan. Une agréable rondeur envahit le palais en milieu de bouche et se poursuit jusqu’à ce que la vivacité du cépage ne vienne accompagner le tout dans un finale longue. Un grand bravo ! Avant la dégustation du dernier blanc, nous avons donc placé la barre assez haut.
Mais force est de constater que le Dourthe N°1 Sauvignon Blanc, Bordeaux tire aussi son épingle du jeu. De couleur jaune pâle, il offre un nez très expressif et riche en fruit (mangue, fruit de la passion, groseille à maquereau) et en végétal (chèvrefeuille, églantine, herbe fraîche). Egalement très vif en bouche, avec une belle trame acide et une étonnante exhubérance, il dévoile des notes d’agrumes et d’ortie. Typiquement Sauvignon, il est minéral et vif en finale. Un très beau vin de cépage !

Du côté des rouges, il faut avouer que le choix fut difficile. Bien sûr, je ne dévoilerai pas le verdict du Jury quoiqu’il suffit de suivre mes félicitations pour se faire une idée de mes conclusions. Premièrement, le Givry 1er Cru « Clos Marceaux » 2006, Monopole du Domaine Laborbe-Juillot nous offre toute la noblesse d’un vin de Bourgogne. De couleur grenat aux reflets violacés, il se montre gras avec un jambage très visible. Le nez s’ouvre sur des notes de pinot noir (cerise griotte, framboise, évolution sur le sang et le fruit confituré) et une belle élégance. La bouche reprend le fruit rouge confituré, la cerise, et la pulpe de framboise. Long, intense, soyeux, il se distingue par son croquant même s’il manque de vivacité. La finale est longue et profonde. Un beau Bourgogne de noble origine à un rapport qualité-prix intéressant.
La montée en gamme se précise avec le Château Gléon-Montanié Cuvée Gaston Bommes 2003, Corbières. Belle robe grenat (très) violacé intense avec un jambage épais. A l’oeil le tout semble impénétrable. Le nez bourgeonne de cassis, de mûre, de groseille, de réglisse, de caramel et d’herbes de Provence. Une superbe expression de Grenache-Syrah. Gourmand en bouche, il retranscrit beaucoup de fruit noir avec une trame boisée. Sapide, très accessible à ce stade de sa maturité, il se distingue par sa pureté et son caractère gourmand. Un vin d’immense plaisir, même pour lui-même.
La concurrence est rude avec le dernier vin : le Côtes du Rhône Cuvée Jules Rochebonne 2006 de La Bastide Saint-Dominique est de couleur grenat sombre avec beaucoup de glycérol. Ce vin puissant tarde à se montrer au nez, mais les notes de renfermé s’estompent peu à peu pour laisser place à des notes profondes de fruits noirs et tertiaires (purin, charbon, fumée). L’attaque en bouche est fine. A la fois doux, soyeux et sapide de prime abord, il se prolonge au palais comme de la dentelle puis se libère et devient de plus en plus rock’n roll, avec beaucoup de puissance, de volume en fin de bouche. Le terroir se réaffirme en finale avec des touches subtiles de terre, d’encens et d’herbes de Provence. Un vin très réussi, qui demande à être carafé.

En somme, même si tous les vins n’ont pas tenu leur rang, il reste une certaine hésitation quant au choix du vin blanc et du vin rouge. L’heure est aux votes : un vin blanc fait la quasi-unanimité et sera présent le 27 juin prochain avec le poisson. Le choix du vin rouge sera l’oeuvre de Yannick. Car lui seul connaît les plats et ses goûts. Il est vrai qu’un vin rouge puissant (14,5% d’alcool pour le Côtes du Rhône) est difficile à prendre car il demande une certaine préparation. Par opposition, un vin plus à maturité pourraît apparaître plus irrégulier selon le plat sur lequel il est choisi.
Tout celà pour vous dire que je garderai le secret jusqu’à la date fatidique. D’ici là un peu de patience, je pense que la soirée du mariage d’Audrey et Yannick méritera de toute façon un petit commentaire…

In vino veritas

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