Soirée 20 du Jura

By 24 avril 2013Non classé

J’allais presque oublier de vous faire le compte-rendu d’une belle Soirée 20 qui avait pour thème le Jura. Evidemment celle-ci a fait la part belle à un de nos vignerons préférés de cette région viticole encore peu connue, mais a aussi mis au jour un très beau rouge d’Arbois. Voici la liste : Côtes du Jura « Les Chalasses » 2005, Jean-François Ganevat ; Côtes du Jura Savagnin Prestige 2007, Jean-François Ganevat ; Arbois Trousseau 2010, Domaine de la Pinte ; Vin de Table de France « Sul Q » blanc 2004, Jean-François Ganevat.

A la sortie de l’hiver il nous restait encore très peu d’occasions de se réunir entre copains autour d’une raclette gourmande. Ce fut chose faite il y a quelques semaines lorsque Benoit nous a convié chez lui pour cette Soirée 20 du Jura qu’il nous avait promis depuis bien longtemps maintenant.

Nous attaquons les hostilités par un petit apéritif autour de la star du moment à savoir l’IGP Côteaux de Peyriac « L’Estrangier » 2011 du Clos des Jarres. 100% Sauvignon blanc, il a tant de pureté et de fraîcheur que l’on ne le soupçonne pas d’être bourré aux rayons de soleil du Languedoc. Ce vin étonnant est produit par un jeune producteur de grand talent, vous pourrez en lire plus ici.

Revenons-en aux faits avec cette dégustation de vins du Jura : nous débutons les hostilités avec un vin qui m’a fait découvrir cette région et un de ses plus grands producteurs. Les lecteurs réguliers de ce blog se souviendront des multiples commentaires que j’ai pu faire de ce  Côtes du Jura « Les Chalasses » 2005, Jean-François Ganevat, et je peux vous dire que ce n’est pas fini tant j’en ai encore en stock. En fait la bouteille de ce soir est indirectement la mienne puisque Sébastien a apporté une quille que je lui avait offerte il y a quelques années… La robe de ce vin est dorée aux reflets clairs. Des effluves intenses de citron confit s’échappent du verre avant que l’abricot, les fruits exotiques et la mirabelle ne complètent ce nez complexe. Il prend à l’aération des tons de pâte de fruits (abricot, coing) et enfin de fruits rouges. L’attaque est vive et la matière se montre veloutée au palais. Sans aucune lourdeur ce vin à pleine maturité s’exprime sur des accents minéraux sous-jacents avec en finale une dimension de terroir exceptionnelle et profonde. Je trouve extraordinanire de pouvoir goûter à un Chardonnay de cette fraîcheur et de ce fruité à bientôt 10 ans… et sans aucune ride.

Le deuxième vin est proposé par Benoit et est issu d’un de ses cépages préférés, le Savagnin. Le Côtes du Jura Savagnin Prestige 2007 de Jean-François Ganevat dévoile des arômes typiques de pelure de pomme, de terre et de noix fraîche avec beaucoup de présence. L’attaque en bouche est riche, synonyme d’une grande matière, puis les caractéristiques du cépage se mettent en valeur, de façon plutôt bien intégrée. La fin de bouche nous permet de laisser l’espace d’un instant la dimension du cépage pour entrer dans ce qui fait la différence de ce grand Savagnin, à savoir son terroir. Ce vin s’allonge avec une sapidité et une salinité dignes d’un grand vin de garde : je pense sincèrement que ce grand Savagnin gagnera à vieillir 5 à 10 ans avant de donner son plein potentiel. Les arômes de noix fraîche reviennent en rétro-olfaction mais sans lourdeur et sous l’effet une belle minéralité. Je comprends que l’on ne puisse pas aimer le Savagnin, d’ailleurs Yannick est de cet avis, mais comment ne pas rester pantois devant la telle majesté de ce vin de terroir. J’ai hâte de le boire une prochaine fois, mais patience…

Grand amateur de vins rouges, Yannick, a certainement vu d’un bon oeil la dégustation de l’Arbois Trousseau 2010 du Domaine de la Pinte. Ce vin lui a été recommandé par la boutique Au Monde du Vin et mon ami Fabrice. L’aspect visuel ne laisse pas indifférent : à la fois éclatant telle une framboise fraîche, il est contrasté par des nuances tuilées. Le premier nez est encore quelque peu réduit, sur des notes de phosphore et de soufre avec des accents animaux (purin, selle de cheval). On retrouve un nez proche du Pinot Noir à l’aération avec des arômes de cerise qui sont complétés par de la cendre. Le vin est plutôt léger au palais mais est doté d’un beau fruité avec toujours ces notes fumées et une pointe de clou de girofle. La fin de bouche gagne en volume et s’annonce profonde sur des arômes plus évolués de cerise au kirsch et de bois noble. Rugueux et terrien, il s’agit d’un exemple fruité et digeste de Jura rouge dans cette région qui, il faut l’avouer, est plus connue pour ses vins blancs. Néanmoins le Trousseau, le Poulsard et le Pinot Noir ne doivent pas être négligés. D’ailleurs je me souviens à quelle vitesse le reste de la bouteille a été liquidé par une Audrey ravie que je lui en rapporte un fond…

JF Ganevat - SUL QEnfin certains d’entre nous découvrent avec stupéfaction l’OVNI que couvre le Vin de Table de France « Sul Q » blanc 2004, Jean-François Ganevat. Vous vous souvenez peut-être de la soirée spéciale qui a eu lieu l’année dernière à la Closerie en la présence du vigneron (voir le compte-rendu ici) : c’est au cours de ce dîner que nous avons touché à ce vin détonnant et extrême qui dévoile à la fois des notes de confiture de coing et de prune, de chocolat blanc avec cette évolution si incroyable de tomate séchée à l’origan, puis d’épices et de menthol ! La bouche est riche et sucrée (on parle d’ici d’une concentration extrême des raisins avec des rendements de 2hL/ha vendangés au mois de Décembre !) La prune, le pruneau, le fruit de la passion, le chocolat blanc se mélangent dans un ensemble velouté à souhait qui révèle peu à peu une palette d’arômes encore plus complexe : la cannelle, la quetsche, la pomme au four, la poire Williams. La sensation sucrée est reléguée au second plan car relayée par un élan de fraîcheur bienvenu. Ce vin est extrême mais absolument cohérent dans sa constitution. Un seul mot : superbe !

 

Cette dernière demie-bouteille se vide très rapidement devant les demandes incessantes de tous les convives. Elle vient couronner une très belle Soirée 20 du Jura qui, à défaut d’avoir joué dans la diversité des vignerons, a su concilier en 4 vins toute la multitude de cette région fascinante. Comme vous pouvez le voir, cette dégustation nous a fait chavirer… et nous a donné envie de visiter le Jura d’encore plus près.

In vino veritas

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