Un dimanche sous la pluie

By 16 avril 2012Non classé

Au contraire de certaines régions françaises en ce moment, l’Alsace est traversée par une zone de pluie qui ne cesse de nous empoisonner les week-ends ! Alors pourquoi pas faire une « Soirée 20 » au sec pour y remédier ? Vin de Pays de L’Aude Chardonnay « Terroir des Dinosaures » 2007, Anne de Joyeuse ; Château de Capitoul « Rocaille » 2005, Côteaux-du-Languedoc La Clape ; Château Grand Baril 2001, Montagne-Saint-Emilion ; Domaine du Traginer « Cuvée d’Octobre » 2005, Collioure.

A part rester à l’intérieur et regarder la pluie tomber, il n’y a pas grand chose à faire de ses week-ends en ce moment. Je sens d’ores et déjà le rictus moqueur de nos lecteurs du Sud de la France, mais toujours est-il que nous avons comme d’habitude une bonne idée pour ne pas s’ennuyer. Benoit s’est une fois de plus attelé à l’organisation de la « Soirée 20 » de ce mois-ci avec la confection de petits fours dont il a le secret, tout comme le Munster le plus odorant de toute la région (mais nous y reviendrons plus tard)…

Terroir des Dinosaures 2007, Château de Capitoul Rocaille 2005, Côteaux-du-Languedoc La Clape, Château Grand Baril 2001 - Montagne-Saint-Emilion, Domaine du Traginer Cuvée d'Octobre 2005, Collioure

Nous commençons cette fois-ci en célébrant le retour de Marie qui est rentrée de contrées où la pluie ne tombe que très rarement. Avec Audrey, Sébastien et nos deux hôtes du jour (en n’oubliant pas les enfants et leur pirouettes incessantes sur le canapé), nous débutons cette dégustation avec un vin on ne peut plus discret. De couleur jaune pâle intrigante de froideur, il ne dévoile que très peu de choses au nez : d’aucuns lui trouvent la banane, les herbes fraîches et les fleurs blanches après de nombreuses tentatives d’aération. Ce Vin de Pays de L’Aude Chardonnay « Terroir des Dinosaures » 2007 de la Cave Anne de Joyeuse est tout aussi mystérieux que ne le laisse penser cette ombre de Ampelosaurus Atacis sur l’étiquette de ce vin ; histoire surprenante de ces vestiges entiers de dinosaures vieux de 70 millions d’années qui sommeillaient dans les terres froides du vignoble de l’Aude. Très peu de caractère au nez donc mais beaucoup plus de volume en bouche : son côté velouté prend des allures de yaourt à la pêche blanche et de fleurs. Souple et encore vif pour son âge, il se termine sur une finale chaleureuse aux accents minéraux. Un très bon vin qui offre en plus d’un superbe rapport qualité-prix des accords enchanteurs sur un poulet à la citronnelle. A ce titre, cette cave de Limoux offre plein de surprises dont La Butinière que je vous recommande en blanc.

Nous poursuivons avec des petits toasts lardés au fromage de chèvre qui auront pour mission d’accompagner le Château de Capitoul « Rocaille » 2005, Côteaux-du-Languedoc La Clape. Audrey adore ce vin rouge d’habitude si charmant et flatteur. Mais aujourd’hui je ne peux pas lui emboîter le pas puisque cette bouteille n’est pas vraiment à la fête. Sa robe sombre aux reflets foncés vire légèrement sur le brun, signe que ce vin n’est peut-être plus au meilleur de sa forme. Pourtant les dernières bouteilles bues de ce vin nous ont toujours enchanté… Mais là, malgré des larmes abondantes, le nez dévoile aussi des notes d’évolution sensibles sur le pruneau, les fruits noirs mûrs, des notes animales et kirschées. La bouche montre elle aussi des signes de vieillissement sur le pruneau et la vieille barrique avec tout de même des notes d’espoir réglissées et cacaotées. Finalement le vin se termine sur des notes alcooleuses et déséquilibrées. Il me reste une bouteille, croisons les doigts !

Le Château Grand Baril 2001, Montagne-Saint-Emilion est sans conteste le vin de la soirée surtout quand l’on sait qu’il a été vinifié par les étudiants du lycée viticole de Libourne. Chapeau les jeunes ! Sébastien, qui est un habitué de ce Château n’a jamais retrouvé le niveau de qualité de ce 2001, ce qui me conforte dans l’idée que ce millésime fait partie des meilleurs de la décennie 2000. C’est sa dernière bouteille de ce vin terrible ! Et merci de l’avoir partagé avec nous ! Sa couleur pourpre sombre arbore un disque encore violacé très jeune. Le premier nez respire tel un grand Cabernet Franc : ces herbes fraîches évoluent sensiblement sur des notes grillées, de fruits rouges mûrs, d’épices, de poivron mûr, de tabac, de foin et d’amande. Complexe et enchanteur, ce nez invite à la dégustation immédiate tant il laisse pantois pour un vin de ce pedigree. La bouche est enrobée de fruits noirs rehaussés de fleurs (lilas, violette). Quelle élégance, quelle distinction ! Sapide, long et persistant, cet assemblage de Merlot (70%), de Cabernet Franc (25%) et de Cabernet Sauvignon (5%) est à pleine maturité avec des tannins veloutés, une superbe fraîcheur et un enrobé excellents. Cette fine amertume que lui donne le Cabernet rehausse le tout en finale. Un Grand Baril de bonheur !

Sébastien nous a bien bluffé avec ce superbe Bordeaux qui, je vous le dis et vous le répète, mettrait à terre bien de Saint-Emilion plus célèbres. Nous finissons cette dégustation avec un vin que j’avais déjà bien noté de par le passé, un vin qui m’avait été présenté par Benoit. Les bouches se délient avec l’ivresse des vins précédents et quelques convives poussent même la chansonnette (en canon s’il vous plaît) ! Il fallait bien cela pour apprécier l’ivresse de ce Collioure 2005 « Cuvée d’Octobre » du Domaine du Traginer. Sa couleur très sombre précède un nez kirsché de fruits noirs et de sous-bois. Composé à parts égales de Grenache, de Mourvèdre, de Syrah et de Carignan, il se montre d’emblée très puissant et riche en alcool. La bouche reprend ces arômes d’eau de vie de cerise et de prune, avec une évolution mûre sur le raisin de Corinthe. Ce vin body-buildé n’est pas l’exemple beaucoup plus abouti que j’ai pu déguster par le passé : sa finale alcooleuse manque de fraîcheur et de finesse. J’invite Benoit à nous faire part de ces commentaires après avoir fini la bouteille ce soir…

C’est ainsi que s’achève cette dégustation au cours de laquelle un Bordeaux aura surclassé ses adversaires, c’est assez rare pour le souligner. En attendant, il pleut toujours ! Merci Marie, merci Benoit de ne pas publier quelque bande son que ce soit sur ce blog, ma réputation en dépend !

In vino veritas