In Vino Veritas

Soirée 20 vieux

Une dégustation au thème a priori loufoque car elle nous a permis de tester le potentiel de garde de trois vins presque inconnus : Volnay 1974, Charles Viénot ; Nuits-Saint-Georges 1er Cru Clos des Grandes Vignes, Domaine Thomas-Moillard ; Château Peygenestou 1976, Saint-Emilion. Avant celà Benoit nous a mis en bouche avec un Chassagne-Montrachet 1er Cru Les Chenevottes 2008 de Joseph Drouhin. Un de ces vins a crée la surprise, les autres beaucoup moins…

 

Certains dégustateurs sont amoureux des vins anciens, les plus connaisseurs d’entre vous penseront d’emblée à François Audouze, le gourou des vins anciens qui organise très régulièrement des petites soirées sympathiques avec des bouteilles datant parfois du 19è siècle (ici son blog si riche en émotions…) Evidemment nous n’avons pas choisi de le concurrencer lors de cette dégustation improvisée mais plutôt de jauger respectivement quelques unes de nos plus vieilles bouteilles.

Benoit nous a invité dans sa nouvelle demeure pour l’occasion. Passé le tour du propriétaire, nous ne tardons pas à s’installer dans sa salle à manger bien illuminée ! Avons de nous attaquer à ces bouteilles dans la fleur de l’âge, notre hôte nous propose un apéritif avec un Chassagne-Montrachet 1er Cru Les Chenevottes 2008 de Joseph Drouhin. Ce vin est issu du négoce de la célèbre maison beaunoise à travers l’achat de raisins et de moûts auprès de fournisseurs partenaires. Son nez lacté et discret s’ouvre lentement sur les fleurs blanches, la pierre, les herbes séchées et une pointe de noisette. Il se distingue par un joli gras en bouche porté par une acidité présente et persistante ; il manque cependant cruellement de relief et d’équilibre. D’habitude la sapidité du vin donne un goût de reviens-y, et bien pas cette fois-ci ! Serait-il dans une phase difficile ou s’agit-il juste d’un raté ? Dommage, surtout quand on pense à un prix d’achat plutôt élevé…

Passons à la phase mystérieuse de cette soirée en compagnie de ces trois vins vieux, témoins du siècle dernier et de tant d’histoire… Tout d’abord Sébastien nous présente une bouteille au col paré de cire rouge issue de son année de naissance. Le Volnay 1974 de Charles Viénot provient de cette maison de négoce de Nuits-Saint-Georges qui appartient aujourd’hui apparemment au groupe Boisset, propriétaire de bon nombre de marques dans la région mais aussi du célèbre Domaine de la Vougeraie à Vougeot. Le vin présente une couleur trouble aux reflets brunâtres et laiteux. Rien que sa robe donne une indication sérieuse sur son âge (le verre de gauche sur la photo ci-dessous). Son nez met au jour des notes tertiaires de bois, de prune, de sous-bois ainsi que le cuir et la terre mouillée sans oublier des arômes animaux peu engageants ! La bouche est épanouie, concentrée avec encore du corps, chose étonnante pour un millésime aussi pluvieux. Ce soir-là ce vieux Pinot Noir semble se livrer tout aussi bien qu’après 2 ans de bouteille : sans vergogne certes mais sans grande expression non plus. Toutefois ses tannins terreux et granuleux sont encore présents, la finale se tient. Que demander de plus ? Merci Sébastien !

Le vin suivant sera sans doute le jeune promu de la soirée : le Nuits-Saint-Georges 1er Cru Clos des Grandes Vignes 1990 du Domaine Thomas-Moillard nous séduit d’emblée. Ce 1er Cru en monopole situé à l’extrême sud de l’appellation, sur le village de Prémeaux, appartenait à la famille Moillard jusqu’en 2005, avant que la vigne ne soit rachetée par le Château de Puligny-Montrachet (conduit par le célèbre Etienne de Montille). La robe de ce vin est bien plus juvénile et consistante, le nez s’ouvre avec justesse sur le café, le poivre, le métal ainsi que des notes de kirsch et de cuir. On retrouve ici les arômes et l’intensité d’une grande année comme 1990 portées par une pointe chaleureuse atypique pour un Pinot Noir. La bouche s’exprime avec beaucoup de corps. Le fruit rouge mûr, le sous-bois et le cuir sont portés par une belle fraîcheur. Malgré sa longueur et son côté chaleureux, ce très joli Nuits fait la différence grâce à sa vitalité et sa fringuance. Un modèle du genre qui appartient désormais à l’histoire…

Nous terminons par un Saint-Emilion et plus particulièrement le Château Peygenestou 1976 qui n’apparaît plus vraiment dans les registres à ce jour si ce n’est le nom d’une rue dans le village de Saint-Emilion… Après presque 40 ans de bouteille il se montre plutôt végétal au nez : l’artichaut, le légume vert puis la menthe, la réglisse et des nuances animales caractérisent ce vin épanoui. L’attaque en bouche est fraîche, avec une pointe mentholée persistante et des tannins résolus. On sent néanmoins l’amertume du Cabernet Sauvignon. La finale pêche un peu : malgré des arômes frais de menthe et de métal, elle est légèrement aqueuse et s’évapore rapidement pour ne laisser place qu’à cette acidité volatile. Dommage !

 

En somme nous avons eu la chance de lever le rideau sur quelques bouteilles qui ont bien supporté le poids des années. La plupart d’entre elles n’existent plus à ce jour car la propriété a fermé ses portes ou les vignes ont changé de main. Toujours est-il que tous ont eu la chance de montrer une dernière fois l’expression de leur terroir ou de leur millésime. Certes d’une manière éphémère car la plupart d’entre elles n’était à leur optimum que pendant une très courte fenêtre. Tendance confirmée par Benoit le lendemain qui, en y remettant le nez, a été rongé par les vives notes d’acétone qui restaient dans le Volnay et le Saint-Emilion… Comme quoi chaque vie est éphémère !

In vino veritas

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