Dégustation de l’Union des Gens du Métier à Berlin (2)

By 3 décembre 2013Non classé

Après avoir présenté l’Union des Gens du Métier (UGM) ainsi que plusieurs de ses dignes représentants à cette superbe dégustation à l’Ambassade de France de Berlin, permettez-moi de poursuivre ce passionnant récit avec d’autres domaines dont les vins m’ont enchanté : le Clos Rougeard représenté par l’emblématique Nady Foucault, le Domaine Charlopin avec le charismatique Philippe Charlopin et son fils Yann. Nous poursuivrons notre balade en Languedoc en rendant visite au Clos Marie géré par Christophe Peyrus ainsi qu’au célèbre Mas Jullien. Nous finirons par un détour au Domaine de Trévallon et à Crozes-Hermitage au Domaine Alain Graillot.
 

 

Porte de brandebourg

Les heures passent et les grands vins sont toujours à l’appel de cet après-midi à l’Ambassade de France de Berlin. La foule se passionne pour tous les vins présentés par des vignerons d’une grande amabilité. Après avoir passé en revue les cidres et poirés étonnants d’Eric Bordelet, deux grands Champagnes d’Anselme Sélosse puis la superbe gamme du Domaine Arretxea, nous nous nous délectés avec les Montlouis-sur-Loire de François Chidaine, les Alsaces de Marc Kreydenweiss puis les grands Meursaults de Jean-Marc Roulot (voir par ailleurs).

Clos Rougeard

Nous arrivons désormais à un des hauts-lieux de cette dégustation de l’Union des Gens du Métier avec la rencontre de Nady Foucault du Clos Rougeard à Saumur-Champigny. 300 ans que les vignes de ce Clos produisent un des plus grands Saumur-Champignys, 300 ans que le Clos Rougeard n’a vu ni d’engrais chimiques ni de pesticides. Les frères Jean-Louis et Bernard Foucault (comprenez Charly et Nady) travaillent depuis 1969 selon les principes des générations précédentes pour produire un des plus grands vins de France. Timide mais authentique et généreux, Nady veut protéger cet héritage séculaire : pas de photo, pas d’email, il ne veut pas être sous les feux de la rampe. Toutefois le domaine récolte aujourd’hui les fruits du travail réalisés depuis si longtemps : après avoir été moquée à la fin des années 50 pour ne pas suivre les pratiques intensives de la viticulture, la famille Foucault est aujourd’hui un exemple pour tous les défenseurs d’une culture biologique et biodynamique. Le Clos Rougeard s’étend sur environ 10ha parmi lesquels 3ha produisent Les Poyeux (sol silico-calcaire au sous-sol calcaire) et 1ha Le Bourg (sol argilo-calcaire). En blanc, le Brezé est issu d’une parcelle de plus d’1ha de Chenin Blanc que nous n’aurons pas la chance de goûter en ce jour. Nady nous avoue en passant que les terroirs de Chacé sont plus propices au Cabernet Franc, le cépage roi de Loire rouge.

Clos RougeardEn dégustant le Saumur-Champigny « Les Poyeux » 2009, je ne peux que lui donner raison ! Le nez est intense et d’une grande prestance. Les fruits mûrs annoncent un millésime de grande maturité tout comme la bouche qui brille par son intensité. Le style riche du millésime 2009 est là mais alors, quelle harmonie des tannins ! L’équilibre de ce grand vin est dément, son velouté ainsi que son élégance le rendent déjà très accessible à ce stade de son évolution. Je n’ai jamais goûté un Cabernet Franc si velouté, si élégant et si parfait en somme. Ah si, pardon ! Le Saumur-Champigny « Le Bourg » 2009 reprend les caractéristiques de son camarade avec encore plus de profondeur et un côté plus animal. Vieilli à 100% en bois neuf il se montre très juteux en attaque avec cette pointe de cerise. Puis le tout gagne en intensité au palais : on sent encore un soupçon d’élevage avec des notes de cacahuète et de noix. Mais il y a un tel fond de vin, une telle texture exquise en bouche que l’on ne peut que succomber… Sa densité et sa puissance traduisent toute la race de ce Grand Vin qui n’a d’égal que sa pureté remarquable. D’une grande harmonie il défiera les âges grâce à une belle acidité et à une grande profondeur minérale en fin de bouche. Comment peut-on cracher un tel breuvage ? Comme disait Charles Joguet : « Je me crache en-dedans ! » Sublime ! 6 bouteilles de chaque, s’il vous plaît !

Philippe Charlopin

Après encore de longues minutes passionnantes à discuter avec Nady Foucault, je poursuis ma route à l’appel de mon ami Philippe qui se délecte avec le Gevrey-Chambertin Vieilles Vignes 2011 de Philippe Charlopin. Après avoir repris le domaine familial en 1977 à Gevrey-Chambertin Philippe développe peu à peu le domaine pour aujourd’hui exploiter plus de 25ha sur la Côte de Nuits mais aussi la Côte de Beaune et dernièrement le Chablisien. Pas moins de 8 Grands Crus différents étoffent l’offre de ce vigneron charismatique.

Le seul vin rouge proposé à la dégustation en ce jour offre un nez aguicheur et gourmand, plein de fruit noir rehaussé de notes de café torréfié. Jeune et volontaire après une attaque fraîche, il déploie généreusement un jus de fruits noirs avec race et opulence. Il ne va cependant pas trop loin dans l’extraction car une grande fraîcheur prend le relais avant de terminer sur le fumé et des notes minérales. Ce vin d’une grande présence sait rester pur et ne pas trop se mettre en avant. Super ! D’ailleurs comme vous pouvez le voir, Philippe avait découvert avant moi toute la beauté de ce vin et ne s’est pas gêné pour en reprendre quelques gouttes : pourquoi se priver me direz-vous ! Avant cela j’ai pu rapidement goûter le Chablis 1er Cru Fourchaume 2009. Passé à 30% dans des barriques neuves, c’est aussi un vin avec beaucoup de volume et de gras qui dévoile la noisette et des notes boisées encore importantes. C’est un grand gaillard, à l’image du vigneron et de son fils. Puissant, imposant, presque miellé, il n’a pour moi pas la minéralité subtile que j’attends d’un Chablis. A suivre…

Cette journée est faite de rencontres. De rencontres passionnantes avec des vignerons de coeur. Christophe Peyrus et Olivier Jullien sont les dignes représentants du Languedoc à cette journée. Commençons par le premier qui travaille pour le Clos Marie sur l’appellation Pic Saint Loup depuis 1995. Etoile montante de la région, Christophe nous propose une série pleine de finesse et de nuances, en débutant par le Coteaux du Languedoc « Manon » 2012, assemblage de vieilles vignes de 8 cépages languedociens. Le fruit blanc et la pêche composent une bouche pleine d’harmonie, d’élégance et de fraîcheur. Sans être originale, la trame du vin est cohérente et forme un beau vin. En rouge, l’entrée de gamme est le Pic Saint Loup « L’Olivette » 2011, issue de jeunes vignes de Syrah, Grenache et Cinsault en bas de pente. Ce vin est gorgé de fruit rouge et noir (cerise noire mûre, framboise) et brille par son croquant. Le Pic Saint Loup « Simon » 2011 provient quant à lui d’un assemblage de 45% Syrah, 45% Grenache complété par du Mourvèdre. Vendange égrappée à 20% seulement, élevage de 22 mois en fûts de chêne français et autrichien (Stockinger) : ce vin gagne en densité par rapport à l’Olivette, ses arômes sont plus profonds et plus mûrs, preuve en est avec la cerise au kirsch. La texture de bouche est elle aussi puissante et demande de la garde ou un carafage préalable. Enfin le Pic Saint Loup « Métairie du Clos » 2011 est le plus complexe de tous. Déjà le nez s’ouvre sur la cerise noire et l’olive, le Grenache est plus présent (50% de l’assemblage final) complété par 30% de Carignan et 20% de Syrah. La bouche est riche, encore sur l’élevage (caramel) mais l’on soupçonne d’ores et déjà une belle palette aromatique (tapenade, framboise, cassis, cuir léger) et une richesse supportée par une fraîcheur bienvenue. Le tout finit de façon très propre et digeste ; même si le vin est encore jeune, il n’est aucunement serré car les tannins sont bien mûrs. Je le vois cependant évoluer favorablement dans les 5 ans à venir.

 

Olivier JullienPour moi ce fut incontestablement une grande découverte de cette journée : le Mas Jullien en Coteaux du Languedoc. Olivier Jullien travaille depuis plus de 20 ans dans le but de sublimer les cépages languedociens sur les Terrasses du Larzac, tout près de Montpeyroux. Ses qualités de visionnaire et sa spontanéité lui ont valu des applaudissements unanimes jusqu’à devenir le premier vigneron du Languedoc à entrer dans le club très fermé des membres de l’Académie des Vins de France… Il travaille selon les principes biologiques avec vendanges manuelles et élevage sur lies fines dans l’intégralité de ses 20ha de vignes. Evidemment me direz-vous ! Pour cette dégustation il nous a apporté deux merveilles dans sa besace : tout d’abord le Vin de Pays de l’Hérault « Mas Jullien » blanc 2011, un assemblage de 70% de Carignan blanc et de 30% de Chenin. Son nez fumé est grandement élégant, il s’ouvre peu à peu sur le fruit jaune, les agrumes et les épices (cumin). L’attaque en bouche élégante puis tout le gras et la puissance de ce vin prennent le relais en gardant une fraîcheur étonnante. L’équilibre est de ce fait vraiment idéal ; et même si ce vin dévoile un soupçon sudiste affirmé, il s’impose avec toute sa finesse et sa justesse. Un superbe vin blanc au sommet, mon deuxième coup de coeur en Languedoc après le Roc d’Anglade 2006 goûté il y a peu (voir le commentaire ici) ! Le Coteaux du Languedoc « Mas Jullien » 2010 nous propose d’emblée un caractère complexe et subtil : le nez annonce une multitude de petits fruits noirs et un soupçon de cerise juteuse. Cet assemblage de Syrah, Mourvèdre et Carignan provient de différentes parcelles vinifiées séparément en demi-muids pendant un an et demi environ. La bouche est d’une grande harmonie malgré toute sa richesse grâce à une texture extrêmement veloutée. Le fruit noir vogue sur le palais avec force et souplesse en alternant des nuances de minéral et d’encre. La finale reprend ces arômes et révèle ces terroirs argilo-calcaires qui préservent si bien la fraîcheur de ce vin. Pureté et harmonie, voici mes qualificatifs de ce superbe vin de plaisir. Bravo Olivier ! Et merci !

 

Pour finir ce voyage de plaisir laissez-moi brièvement vous faire un résumé de mon passage rapide au Domaine de Trévallon et chez Alain Graillot. Cela peut vous paraître incroyable mais devant la multitude et la qualité générale des vins présentés je ne pouvais pas être partout, à ma grande tristesse ! Je n’ai goûté que le Vin de Pays des Bouches du Rhône 2011 du Domaine de Trévallon, présenté par le très aimable Eloi Dürrbach. Je ne vais pas vous raconter la célèbre histoire de ce domaine mythique de France, créé il y a un demi-siècle alors que personne ne pensait qu’il puisse se faire du bon vin dans cette région des Alpilles … La grande maturité de ce blanc m’inspire d’ores et déjà la Provence : ces parfums fruités et des fines touches de noisette et d’anis me font dériver sur du Chardonnay alors qu’il n’y en a que très peu (10% – majorité de Marsanne et de Roussanne). Chaleureux et légèrement fumé en bouche, il évolue favorablement dans un registre minéral même si je lui demanderais plus de peps. L’équilibre de ce vin reste néanmoins bien soutenu, et oui il vient quand même du Sud le bougre !

 
Enfin Alain Graillot nous suggère de nous dépêcher pour déguster les dernières gouttes de son Crozes-Hermitage 2011 ! Encore fermé et réduit à ce stade, il est vaillant au palais et s’exprime en combinant un côté charnu allié à un belle fraîcheur. Les arômes de cuir et de fruit rouge annoncent une complexité en devenir. C’est assurément une belle réussite ! Le Crozes-Hermitage 2007 est quant à lui un peu trop brut pour moi, surtout à la fin d’une longue dégustation et sans un lièvre à la royale ! Ces notes de kirsch et de fruit noir se mêlent à un côté poussiéreux que l’on ne peut assimiler à la réduction puisque la bouteille est ouverte depuis plusieurs heures. Tendu, presque violent à ce stade… Pour finir le Crozes-Hermitage 2008 affiche une grande complexité, avec un cuit léger mêlé à la fraise et au thym. La bouche est suave, la vendange en grappe entière apporte son lot de puissance et de tannins. Cependant la fraîcheur de la fin de bouche ainsi que la longueur et la persistance de ce vin sur une fine note réglissée donnent raison à la philosophie de ce grand producteur de Crozes-Hermitage, un des pionniers du village qui a désormais passé les rênes à son fils Maxime. D’ailleurs j’aimerais beaucoup redécouvrir les vins de ce fameux domaine sur une verticale afin de valider tous leurs bienfaits après une belle garde.

 

Waouh ! Quelle journée ! Quelle série de vins ! Malheureusement devant l’offre pléthorique de vins de toutes régions de France (et même d’Italie du Nord) j’ai dû faire des choix et me concentrer sur quelques domaines uniquement. J’ai cependant tenté le plus possible de vous faire partager ce grand moment de dégustation dans un lieu des plus prestigieux. Permettez-moi donc de remercier et de féliciter tous les membres de l’Union des Gens du Métier de nous avoir fait partager tous ces trésors ainsi qu’à toute l’équipe de l’Ambassade de France et Sébastien Visentin pour l’organisation irréprochable de cet évènement. Des bruits courent d’ores et déjà au sujet d’une nouvelle rencontre de l’UGM à Berlin dans un an : à ce moment-là je ne peux que vivement vous encourager de nous rejoindre là-bas !

In vino veritas

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