Du simple au Double – Volume 2

By 3 juillet 2013Non classé

Deuxième édition d’une Soirée de ce type à la FCVF (Fédération Culturelle des Vins de France) après une dégustation réussie il y a maintenant deux saisons, elle met aux prises deux vins d’un même thème (origine, appellation, cépage) sauf que l’un est bien plus cher que l’autre. Ces soirées didactiques permettent de confronter des styles de vinification, des millésimes ou des terroirs différents avec un but commun : le rapport qualité-prix, pour notre plus grand bonheur.

La première édition du thème « Du simple au Double » en 2011 avait été un succès, comprenez un sacré défi pour les vins les plus chers de justifier leurs prix parfois bien trop élevés. Vous verrez le compte-rendu de dégustation par ailleurs. Cette dégustation au thème provocateur va-t-elle nous offrir les surprises que nous attendons tous ?

Pour débuter nous nous ouvrons le palais avec une dernière découverte de la « Fédé » à savoir le Costières de Nîmes rosé « Expression » 2012 du Château Beaubois. Sa couleur rose grenadine ne fait pas l’unanimité, pour ma part je la trouve plutôt fun ! Le nez s’ouvre sur le bonbon, les herbes fraîches puis les agrumes (pamplemousse) mais prend une orientation un peu déroutante pour ne pas dire technologique… La bouche est friande, bien soutenue avec une matière fondante mais présente. La finale s’oriente sur la fraise (assemblage à 60% de Syrah), la pêche et met en avant la gourmandise de ce beau vin d’apéro. A 6.40€ on ne va pas se plaindre… IVV : 79/100.

Nous aurons droit ce soir à deux duels de vins de Loire, en débutant par une confrontation de Sancerre, issus du cépage Sauvignon blanc : le premier vin est un Sancerre « Terre de Maimbray » blanc 2011 du Domaine Reverdy. Alors, comment dire : je n’ai pas accroché ! Sa robe très claire précède un nez de vinaigre blanc (réduction), de sureau et de feuille de cassis. En bouche je le trouve sans aucun intérêt car passé une attaque franche, il ne confirme pas au palais : je le trouve très fluet, sec et monolithique. Sa finale est courte. A regoûter, mais je ne suis pas sûr d’en avoir le courage…

Cuvée d'Antan Henri BourgeoisSon adversaire du jour est le Sancerre « Cuvée d’Antan » 2011 de Henri Bourgeois : une vieille connaissance puisque j’ai eu la chance de déguster la « Cuvée d’Antan » 2003 il y a maintenant plus de 5 ans avec un très beau souvenir. Je me souviens aussi d’un accord parfait sur un crottin de Chavignol : pas très original je sais… Sa robe jaune clair annonce une belle concentration du nez qui, passé une petite réduction (transpiration, pipi de chat), dévoile des notes de feuilles de cassis, des accents citronnés puis les plantes aromatiques. La bouche présente un contraste saisissant au vin précédent car elle est dotée d’un beau volume, d’un beau gras, sur des notes exotiques dépaysantes. L’évolution en bouche est chaleureuse avant que le tout ne plonge dans une finale tendue et minérale. C’est actuellement un vin que je classifierais de « Bien + » car il demande une certaine garde (3 à 5 ans) pour se fondre et exprimer sa race et sa minéralité (29.80€). IVV : 84+/100. Victoire facile pour ce Sancerre de terroir !

Deuxième combat de vins de Loire avec cette fois-ci un duel de Chenin. L’Anjou blanc « Bastingage » 2011 du Domaine du Clos de l’Elu est issu d’un sol gréseux et des rendements faibles (30hL/ha). Produit à 8000 cols par an cette cuvée brille par son beau doré clair dans le verre. Le bouquet est à la fois discret et élégant et révèle de belles notes compotées de pomme alliées au miel et à la poire. La bouche est franche : elle combine une superbe expression du cépage et du terroir grâce à une acidité fine et tranchante. Le volume est présent et contribue à cette sensation de buvabilité extrême. La finale est chaleureuse et se prolonge sur l’orange confite et de très beaux amers. Ce vin sera un excellent compagnon en gastronomie, sur des poissons à chair grasse ou des fromages de chèvre et au miel. Son rapport qualité-prix est de surcroît remarquable (10.90€). IVV : 86/100.

Coteau des TreillesMalgré la rude concurrence de ce très beau vin, l’Anjou « Coteau des Treilles » 2011 du Domaine Pithon-Paillé gagne la manche. Mais il fallait bien ce grand vin de Loire pour mettre à mal son prédécesseur. Jo Pithon est un grand homme du vin qui s’efforce chaque jour de redonner vie au terroir. Le Coteau des Treilles est un terroir exposé plein sud qui fut abandonné après-guerre, à cause des fortes pentes (de 30 à 70%) et du début de la mécanisation. Peu à peu le vigneron a acheté 70 parcelles à 25 propriétaires différents, défriché et commencé à replanter en 2000 à une moyenne de 7000 pieds/ha. Aujourd’hui ce vin, comme tous les vins du Domaine est issu de la culture biologique et de rendements très faibles (20hL/ha). Sa robe or clair est plus évoluée que le vin précédent. Ce vin nature exprime encore les levures, le pain grillé, la noix (côté légèrement oxydatif mais pas défectueux) ainsi que la pêche mûre. La bouche est rondement fruitée et imposante de puissance. L’élevage est encore un peu présent (pain grillé) mais c’est avant tout l’expression à la fois concentrée et digeste de ce grand vin de terroir qui interpelle. Aucune lourdeur malgré tant de fruit et de matière, tant de longueur et de profondeur pour ce grand vin en devenir ! La rétro-olfaction est déjà grandement complexe à ce stade, sur le noyau de cerise et le fruit jaune. Ce grand vin ira loin et est issu d’un travail passionné sur ce grand terroir du Coteau des Treilles : merci Jo (39.60€) ! IVV : 92+/100.

 

Nous passons aux vins rouges avec un duel de cépage entre le Gamay Vin de Pays de l’Ardèche « La Souteronne » 2011 d’Hervé Souhaut et le Brouilly « Alma Mater » 2011 de Jean-Claude Lapalu. Deux superbes vins, chacun dans un registre différent. Le VDP de l’Ardèche 2011 d’Hervé Souhaut est un modèle de vin de fruit : sa couleur rouge grenat aux reflets violacés juvéniles précède un nez très aromatique et fruité, sur la cerise au kirsch, la prune puis une évolution sur les herbes de Provence ainsi que la ronce. Typique du cépage, il se montre croquant et friand au palais mais il propose une matière soyeuse grâce à des tannins caressants. L’équilibre de ce vin d’entrée de gamme suggère le travail d’un grand vigneron : la finale se poursuit de manière profonde avec une pointe minérale qui traduit une belle fraîcheur. C’est assurément un grand Gamay de fruit qui sera parfait sur un onglet de veau (14.70€) ! IVV : 89/100.

Le Brouilly « Alma Mater » 2011 de Jean-Claude Lapalu est issu d’un vignoble granitique exposé sud-ouest et de vignes de 60 ans. Cette terre nourricière (comprenez alma mater en latin) est cultivée de façon biologique : les rendements sont faibles (35hL/ha), la vendange égrappée mais ce qui différencie ce Brouilly du Gamay de Souhaut est l’élevage, pour partie en amphore. La couleur du vin est grenat mais un peu plus trouble que le vin précédent. Le nez évoque à la fois des accents pulpeux de cerise noire et de prune ainsi que  des notes minérales profondes, d’ailleurs on soupçonne une évolution ferrugineuse. La bouche présente une très belle densité et une race certaine : la matière est là dès l’attaque, le fruit gourmand (figue, cerise) est soutenu par un gros volume de bouche, le tout glisse sur le palais avec beaucoup de grâce et d’expression. La finale est d’une grande longueur et plutôt chaleureuse avec une belle sapidité qui procure cette fraîcheur idéale à des accords gastronomiques. On retrouve cette fine note de fer en rétro-olfaction (34.60€). IVV : 88+/100. Deux excellents vins qui se différencient aussi par leur prix…

Pour terminer direction le Sud de la France et les côtes varoises de Bandol. Le Bandol 2010 du Domaine Le Galantin est presque exclusivement composé du cépage roi de ce village, à savoir le Mourvèdre (95%), complété à 5% de Grenache. Ce domaine familial est géré par Jérôme et Céline Devictor, frère et soeur, avec des vignes de 40 ans en moyenne et des rendements faibles ; la vinification se fait sur les levures indigènes. En résulte un vin au nez encore discret sur les fruits noirs, la vanille avec une évolution sur les sous-bois. La bouche est franche et puissante mais brille aussi par un côté plus friand ainsi qu’une souplesse qui n’est pas toujours présente sur l’appellation. Le fruit noir domine en bouche avec tout de même des accents d’olive et de fer, surtout après quelques heures d’ouverture. Il y a bien sûr astringence du Mourvèdre mais je dois avouer qu’elle n’est pas dérangeante car supportée par une bonne fraîcheur. C’est un bon Bandol qui certes n’est pas au niveau des plus grands, mais qui à coup sûr une découverte à bon prix (13.30€). IVV : 85/100.

Bandol

Il fut opposé au Bandol 2010 du Domaine Tempier qui est réputé pour être un des piliers de cette superbe appellation , avec le grand Château Pibarnon (voir par ailleurs la dégustation du millésime 2007 l’année dernière, magnifique). Revenons-en à cet assemblage de Mourvèdre (75%) complété de Grenache, Cinsault et de Carignan. Il s’agit de la cuvée classique de ce domaine mais je dois dire que les mêmes soins lui sont apportés que les cuvées plus célèbres comme La Tourtine ou Cabassaou : les rendements sont faibles, les vendanges sont entièrement égrappées et les vins élevés en foudres entre 18 et 20 mois puis mis en bouteille sans collage ni filtration. En résulte un vin à la couleur rouge grenat aux reflets sombres. Le nez évoque les épices, le lard puis les sous-bois, les herbes aromatiques et un côté fougueux et sanguin, que l’on retrouve en bouche. L’attaque est franche, brute puis s’ouvre sur une jolie mâche. Ce vin n’est évidemment pas encore à boire mais mon petit doigt me dit qu’il sera parfait dans 5 à 10 ans. Les notes de minéral et de charbon complètent le fruit noir avant que le tout ne se poursuive dans une finale longue et tranchante. C’est un superbe vin, et dire que nous n’en sommes qu’à l’entrée de gamme (26.90€) ! IVV : 89+/100. Le Mourvèdre écrit ces lettres de noblesse dans cette appellation et montre que c’est un cépage de garde.

 

Nous terminons cette dernière dégustation avant les vacances sur ces notes ensoleillées qui nous réchauffent le cœur. Il s’agit aussi de la dernière dégustation du club Caudalie qui, à mon grand malheur, a décidé de cesser son activité au terme de cette soirée. Un grand merci à tous les participants qui nous ont permis de cultiver notre passion du vin ces 3 dernières années sous cette association.

Mais ne vous inquiétez pas il ne s’agit pas pour autant de la fin de ce blog, loin de là ! Je vous retrouve très vite pour de nouvelles aventures…

In vino veritas

One Comment