La vallée du Rhône dans le millésime 2001

By 22 novembre 2011Non classé

Ce thème alléchant m’est venu à l’esprit en fouinant dans ma cave il y a longtemps. Je voulais donc tout naturellement faire partager les vins suivants avec mes compères des Soirées 20 lors de la dernière édition. Voici la liste des hostilités : Condrieu « Laurus » 2001, Gabriel Mèfre ; Hermitage « Monier de la Sizeranne » 2001, Chapoutier ; Côte-Rôtie « Champin le Seigneur » 2001, J.-M. Gerin ; Châteauneuf-du-Pape 2001, La Bastide Saint-Dominique.

Depuis juin dernier je ressasse ce thème dans un coin de ma tête avec l’intime conviction que ce voyage du Nord au Sud de la vallée du Rhône dans un des meilleurs millésimes depuis 15 ans trouverait des amateurs… Après plusieurs mois de réflexion, j’ai invité tous mes collègues habituels à venir découvrir ce thème mystère. En grand sponsor de la soirée j’ai gracieusement offert les vins à la seule exception du défi que j’avais lancé à mes potes : trouver un Condrieu dans le millésime 2001. Alors vous le savez probablement comme moi que ce défi paraît assez difficile à relever dans le sens où les Condrieu sont des vins bus sur leur jeunesse… C’était sans compter sur les recherches ardues de Benoit, l’un des seuls à avoir relevé le challenge.

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D’autant plus que ce vin est prévu en ouverture du bal des Rhône 2001. Et je peux vous dire qu’il a vraiment mis toute l’assemblée par terre en ce qui concerne ses capacités de vieillissement. Le Condrieu « Laurus » 2001 de Gabriel Mèfre arbore une robe or aux reflets ambrés avec un nez typique du Jura de prime abord, sur l’oxydation (noix, pomme cuite au four). Se suivent ensuite le miel, la cire d’abeille, avec une belle fraîcheur et une orientation sur la fleur d’acacia et la résine après une heure dans le verre. L’entrée en bouche est rafraîchissante malgré une légère amertume venant du cépage. Son corps est moyennement intense mais il présente encore un côté sapide qui traduit une superbe buvabilité à ce stade de son évolution. La fin de bouche met en valeur le terroir de Condrieu avec des touches de roche humide, de pêche et une rétro-olfaction sur la vanille et la bergamote. Seb trouve même (je cite) les arômes « des restes de la choucroute qui colle dans la casserole », pour ma part je dirais simplement un croustillant caramélisé. Quoi qu’il en soit la longueur, la persistance et la profondeur de ce vin sont étonnantes au vu de son âge et de son pedigree. Wow ! Une bonne pioche. Merci Benoit, cela nous a même valu une galipette de la part de Seb qui rarement se roule par terre tant le vin est à son goût.

Lio est un peu plus perplexe et attend les rouges avec impatience. Il est tout heureux quand il voit arriver la carafe remplie de vin de sa couleur préférée… Toutefois le vin suivant a été le moins apprécié de la soirée dans l’ensemble. Il s’agit de l’Hermitage « Monier de la Sizeranne » 2001 de la maison Chapoutier. Son nez animal reprend des notes de cuir, d’épices évoluant légèrement sur la pâte d’amande mais ce sont avant tout des notes sauvageonnes de transpiration et de défection qui dominent ! Plusieurs jours après l’avoir dégusté, je me souviens encore bien de ce nez très singulier. La bouche est en revanche plus discrète avec une matière moyenne, il est généralement moins impressionnant qu’au nez. Uniforme et gras, il livre encore des touches de fruit noir, de pruneau, d’encre avec plus de droiture et de minéralité après une heure dans le verre. Le lendemain je retrouve cette fraîcheur au palais avec un nez plus intégré, les tannins sont un poil astringeants en fin de bouche ce qui donne moins d’harmonie à l’ensemble.

Nous changeons de registre avec la Côte-Rôtie « Champin le Seigneur » 2001 de J.-M. Gerin. Son éventail olfactif s’ouvre tout d’abord sur des fortes notes de poivre puis sur de tabac, de cuir, de viandox avec douceur et profondeur. Le tout évolue superbement sur le bonbon au cola, la fleur séchée, les baies de mûre, la ronce et le vernis à ongles. La violette nous berce tous dès l’attaque en bouche. Sous le charme immédiat de ce vin en dentelle, nous relevons tout de même une base puissante, toute en droiture et en longueur. Les petits fruits rouges acidulés (myrtille, groseille) viennent titiller le palais avant que des notes lardées et animales (cuir) ne se développent avec du temps dans le verre. C’est un vin vertigineux, un de ceux qui vous envoûte par son raffinement et son élégance. C’est au tour de Lio de succomber aux multiples charmes de cette belle Côte-Rôtie, qui se donnera pleinement ce soir-là avant de perdre tout attrait le lendemain. Un peu comme un one night stand

La bombe de la soirée vient à la fin. Ceci est un jugement tout personnel mais franchement ce Châteauneuf-du-Pape 2001 de La Bastide Saint-Dominique est pour moi le vin le plus abouti. Sa couleur rouge trouble aux accents orangés peut paraître évoluée, ses larmes grasses et nombreuses évoquent néanmoins encore toute l’énergie de vin de 10 ans. Il s’agit pour moi du vin le plus juvénile aussi puisque son nez est intensément fruité et avec une harmonie extrême : myrtille, cassis, confiture de mûre, herbes de Provence grillées, fumée. Cette jeunesse se retrouve au palais avec beaucoup d’énergie et de rondeur en plus de cette puissance extraite conforme au superbe millésime 2001 sur l’appellation. C’est une vraie bombe qui reprend les arômes fruités du nez (grosse cerise kirschée) avec une évolution sur le curry et d’autres épices. La trame minérale sous-jacente du vin relance les fruits secs en finale (pruneau, raisins secs, griottine, figue) et amorce beaucoup de profondeur. Alors certes le haut titre en alcool de ce vin méridional (15%) ne passe pas inaperçu, Benoit trouve même que c’est un peu trop entêtant, personnellement je suis sous le charme de la jeunesse et du coffre de ce vin à ce stade de son évolution. Et quand vous pensez à son prix, je suis sûr que vous ne passerez pas à côté…

Au final, trois vins ont recueilli un vote de premier ce qui témoigne de la réussite de cette soirée simple, autour de délicieuses gambas à la poire et un plateau de fromages généreux. Je laisse toute liberté aux participants de cette dégustation de défendre leur poulain, pour ma part ce dernier vin m’a vraiment impressionné.

In vino veritas