Le coup de gueule du caviste

By 12 octobre 2009Non classé

A la suite du reportage de France 2 qui tente de répondre à la question « Le vin est-il toujours un produit naturel ? », permettez-moi de publier un éditorial un peu salé de la part de mon ami Fabrice… Ce commentaire pourrait apparaître comme un coup de publicité pour le magasin, mais je pense que le fond de sa pensée va bien au-delà et témoigne de ce à quoi nous aspirons nous tous amateurs de vin : boire du bon et pour longtemps !


Chers amis du vin,

D’après les échos que nous recevons en boutique depuis deux jours, vous êtes nombreux a avoir été choqués par le reportage diffusé par France 2 jeudi soir (si vous n’avez pas vu : http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=reportage&id_rubrique=1163) et il y a de quoi !

Depuis mon arrivée à la cave, il y a 8 ans, je me bats pour défendre une viticulture propre, respectueuse de l’environnement et de la qualité ; si vous comptez parmi nos clients c’est aussi pour cela. Je vous rappelle que, de plus en plus, notre gamme de vin est composée de domaines produisant des raisins bio ou en biodynamie, aujourd’hui ils représentent presque la moitié de notre assortiment ! Mais ce crédo ne doit pas devenir qu’un argument commercial ; consommer des produits naturels doit devenir un acte citoyen.

Si les vins frelatés ou mal élaborés existent ; il ne faut pas oublier que c’est aussi par la faute du consommateur ! La recherche d’un produit standardisé, avec un goût identique à chaque millésime, vendu pas cher dans des grandes surfaces est le 1er ennemi du vin de qualité !

Le reportage a le mérite d’avoir provoqué certains consommateurs, surtout ceux habitués à boire des « vins de merde », dirait J.P. Coffe ; c’est très bien. Cependant, comme souvent dans le journalisme, il y a plusieurs imprécisions dans les propos et je souhaite vous éclairer sur certains points :

  • Les levures sélectionnées s’opposent aux levures indigènes ; il est vrai que levures sont naturellement présentes dans toutes les parcelles mais l’usage de pesticides les tue. Une très grande majorité de vignerons en bio utilisent ces levures (indigènes).
  • Pour rassurer quelques clients que j’ai rencontré aujourd’hui en boutique ; M. Frick n’est pas le seul a faire du vin propre en Alsace ; loin de là, puisque l’Alsace est l’une des régions viticoles (140 domaines sur 1000 ; soit environ 7% du vignoble) dans laquelle la proportion de domaines en bio est la plus importante. Quand vous achetez chez nous une bouteille de Domaine Léon Boesch, Marcel Deiss, Zind-Humbrecht, Josmeyer, Jean-Louis Mann, Martin Schaetzel, Bott-Geyl ou Barmès-Buecher, vous consommez également un vin naturel, reflétant son terroir et respectueux de son environnement !
  • Le journaliste dit : un nouvel additif vient d’apparaitre, les sulfites. Rappelons quand même que le souffre est utilisé depuis les Perses et que jusqu’à preuve du contraire, il est la seule substance naturelle empêchant l’oxydation prématurée des vins. Il est vrai que les vins sans souffre sont très expressifs dans leur jeunesse (nous pouvons vous en proposer quelques uns !), reste que pour conserver longtemps du vin et le transporter, le souffre est ce qui se fait de mieux depuis 4500 ans.
    Le journaliste parle d’un produit nocif ; c’est une question de dose ; les doses maxi tolérées ont été divisées par 20 depuis 30 ans. Croyez moi, un vigneron qui travaille très bien sa vigne, joue la carte naturelle dans ses vinifications, ne gâchera pas son vin avec du souffre en excès. Le souffre est un minéral également utilisé en médecine comme oligo-élément.
  • Le journaliste assimile également la chaptalisation à de la fraude : c’est inexact. Ajouter du sucre est autorisé dans les zones septentrionales. Cependant, quand le vin est fait naturellement à faibles rendements, le raisin souffre rarement d’un manque de maturité et les vignerons n’ont pas besoin de recourir systématiquement à la chaptalisation. C’est certain que pour produire un bordeaux vendu 2 euro en hyper, il vaut mieux maintenir des rendements élevés et maîtriser les outils inventés par oenologie moderne.
    Vous comprendrez aussi pourquoi j’insiste souvent ; je suis caviste (passionné) et non oenologue (médecin du vin), mes amis sont vignerons ou vinificateurs (celui qui fait le vin, et non celui qui le soigne). Tout comme l’humain, un vin sein n’a pas besoin de médecin !
  • Les vignerons du Beaujolais trinquent, comme souvent, dans le reportage ! C’est l’arbre qui cache la forêt ; petite région = petites magouilles, grande région… Je vous invite à venir déguster notre sélection, qui se passe souvent de chaptalisation, même en primeur ! Pour preuve notre Beaujolais Nouveau Bacarra qui est souvent meilleur l’année suivante que celle de production ; car c’est un vrai vin !
    Mais contrairement aux avocats, nous ne vous obligerons pas à les déguster en gobelets plastique… difficilement dégradables.
  • Le journaliste parle brièvement de la présence de pesticides mêmes dans les grands crus… Je rappelle que les traces de pesticides dans le vin ne sont pas liées à son origine mais, je me répète, à la manière de faire le vin ! Un grand cru du Domaine de la Romanée Conti ne peut contenir de pesticides (puisque fait en bio), pas plus qu’un grand cru Altenberg de Bergheim de chez Deiss (bio) ; ce qui n’est évidemment pas le cas de tous les grands crus (puisque délimités selon des critères : géologiques, climatiques, d’encépagement… mais pas de méthode culturale) ! Le consommateur est libre de dépenser une fortune dans un Grand Cru Classé… alors qu’il aurait pu boire un vin naturel pour bien moins cher !

Maintenant que vous avez lu cette mise au point ; revisionnez le reportage. Ensuite, au-delà du vin, vous vous demanderez combien de résidus de pesticides, fongicides, engrais… vous pourrez retrouver sur la pomme que vous croquerez à 10h, la salade de tomate de la cantine à midi et la salade verte qui accompagnera votre viande aux hormones du soir !

A bon entendeur… salut !
Fabrice et Thomas