Le Tour des Vins 2013

By 25 mars 2013Non classé

Comme l’année dernière j’ai pu participer aux Tour des Vins 2013 de la maison Martel, un des plus grands importateurs de vin en Suisse. Pour l’occasion je suis retourné avec Benoit au Grand Hôtel Les Trois Rois à Bâle pour y faire de plein belles découvertes parmi lesquelles le Mâcon-Verzé 2010, Domaine Leflaive ; Riesling trocken Bockenauer vom Vulkanstein 2011, Schäfer-Fröhlich ; Domaine de l’Horizon 2010, Vin de Pays des Côtes Catalanes ; Château d’Aydie 2009, Madiran ; Château Tour de Pez 2010, Cru Bourgeois de Saint-Estèphe ; Valpolicella Superiore 2009 et son grand frère Amarone della Valpolicella 2008, Roccolo Grassi ; Ridge « Geyserville » 2010, Sonoma County. Et bien d’autres…

Tour des vins 2013C’est un évènement annuel qu’il ne s’agissait pas de manquer… Après avoir silloné les allées de cette dégustation en mars 2012 (voir le compte-rendu associé ici) mon collègue Peter m’a redonné des places pour assister au Tour des Vins 2013. La sélection de cette année fut différente de celle faite l’année dernière, notons l’absence de vins rouges de Bourgogne par exemple, certainement en raison des petites récoltes de ces derniers millésimes. Pourtant la maison Martel, qui a ses bureaux à Saint-Gall, n’est pas un petit caviste : c’est par exemple le distributeur exclusif des vins du Domaine de la Romanée-Conti en Suisse alémanique et au Liechtenstein, par exemple…

Bref revenons à nos coups de coeur de cette longue série de 85 vins. Rassurez-vous je n’ai pas eu le courage de tous les déguster, surtout que nous n’avions que 4 heures pour faire le tour. Voici mon compte-rendu des plus beaux vins de cet après-midi :

  • Mâcon-Verzé 2010, Domaine Leflaive : La robe est discrète, jaune pâle, tout comme ce nez qui se cache mais qui s’ouvre à l’aération sur des notes exotiques (mangue, ananas, orange) et de coing. Le fruit domine le nez, la bouche offre quant à elle un bel équilibre entre volume et acidité tout en présentant des arômes fumés en plus du fruit blanc. La fin de bouche fait la différence sur de belles orientations minérales (cendre, pierre mouillée) avec une prédominance du terroir. IVV : 85/100.
  • Roero Arneïs « Perdaudin » 2011, Azienda Negro : Ce vin fut présenté par un vigneron qui utilise des méthodes traditionnelles de la culture de la vigne pour produire ce vin issu d’un cépage endémique au Roero (Piedmont, Italie), l’Arneïs. Son nez est très floral (acacia) avec des orientations sur la poire et l’ananas. La bouche est très fraîche et longue, dans un esprit très sec et tendu. La minéralité est le maître-mot de ce vin sans fioritures mais qui sait garder une grande fraîcheur. IVV : 84/100.
  • Rias Baixas 2011, Pazo de Señorans : nous venant des côtes ventées de la Galice (Espagne), ce vin est aussi issu d’un cépage local, l’Albariño. Son registre olfactif est très complet, sur les agrumes (pamplemousse), la pomme, la pêche et des notes florales. La bouche reprend les agrumes et balance le côté fruité de ce jeune vin avec la vivacité de son terroir. Belle longueur épicée. Un vin bien construit par ce domaine réputé de cette région peu connue pour ses vins. IVV : 83/100.
  • Riesling trocken Bockenauer vom Vulkanstein 2011, Schäfer-Fröhlich : après la découverte de ce domaine l’an passé, je retrouve un vin qui a grandi sur des sols volcaniques. Je retrouve aussi la finesse et la distinction du nez, à la fois sur des notes mûres de fruit blanc et de minéral chaud. Il reste toutefois assez discret de prime abord. La bouche est d’une belle droiture, avec du volume et un registre exotique (orange, fruits de la passion). La finale est longue et profonde sur des beaux arômes de minéraux avec une rétro-olfaction sur l’orange. Mon blanc préféré ce soir ! IVV : 88+/100.
  • Hyde & De Villaine Chardonnay « Carneros » 2008, Napa Valley : vous avez peut-être identifié le nom d’Aubert de Villaine, le co-directeur du Domaine de la Romanée-Conti, qui est associé à un membre de la famille de sa femme pour gérer ce domaine en Napa Valley. Le Chardonnay du domaine « HdV » s’ouvre sur un nez rond et légèrement grillé, avec des notes aguicheuses de fruit jaune, de paille, de vanille, avec des fines touches épicées. La bouche est puissante et se développe crescendo sur la pêche juteuse, l’ananas, le citron confit et la mirabelle. Le boisé ressort grâce à des arômes de pain grillé et de bonbon anglais, la finale se prolonge sur les épices et se révèle plutôt longue… A fun Chard comme diraient nos amis américains ! L’opulence et la chaleur du millésime ressortent indéniablement mais je suis loin de dire qu’il fut lourd. Les notes du domaine annoncent des similitudes avec Meursault ou Chassagne, en tous cas ce vin crémeux et riche est extrêmement bien fait même s’il est très difficile de mettre une note à cet OVNI ! Top !

Voici pour les vins blancs. En résumé nous avons eu droit à de beaux vins qui témoignent de toute la diversité des cépages d’Europe et d’ailleurs. Mention spéciale à ce Riesling volcanique de Schäfer-Fröhlich, ce domaine qui tient la palme pour le deuxième année consécutivement. Il faudrait que j’aille y faire un petit tour. Et que dire de ce Chardonnay de la Napa Valley très singulier mais si typique des grands blancs californiens…
Passons maintenant à ma sélection en vins rouges, avec une très belle série française et quelques pépites américaines et italiennes.

Les pallières, chateauneuf télégramme, château Aydie

  • Crozes-Hermitage « Trois Chênes » 2010, Emmanuel Darnaud : ce domaine est une découverte pour moi. Le jeune et talentueux Emmnanuel Darnaud nous offre ce rouge sanguin et fruité au nez, avec de belles nuances d’herbes grillées et d’épices. La bouche est ronde et complexe de fruit et d’un gras noble. L’équilibre de ce grand millésime rhodanien est présent, le vin est déjà très agréable à ce stade car il ne dévoile aucune agressivité. Long et persistent en finale, c’est un vin à suivre. IVV : 84/100.
  • Gigondas « Terrasses du Diable » 2010, Domaine Les Pallières : j’ai toujours beaucoup de plaisir à goûter ce Gigondas gourmand (voir ici la dégustation du millésime 2008). Son nez complexe de fruits noirs, de gras, de tabac et d’épices annonce une attaque franche et fraîche qui précède un vin gras et suave au palais. L’équilibre de ce vin est diabolique et les arômes de moka, de poivre et de fraise proviennent certainement d’un grande proportion de vieux Grenache (vignes de 50 ans). Structuré, long et déjà accessible, il m’a plus plu que le Châteauneuf-du-Pape Télégramme 2011 de Brunier et Fils qui, est tout aussi bien fait mais qui prend des orientations plus confiturées (cerise au kirsch, coing, abricot). IVV : 88+/100.
  • Domaine de l’Horizon rouge 2010, Vin de Pays des Côtes Catalanes : attention, coup de coeur ! Ce domaine est composé de parcelles de vieilles vignes cultivés en biodynamie. Le millésime 2007 fut le premier millésime de Thomas Teibert, un globe trotter du vin qui s’est installé à Calce, au coeur d’une fracture géologique au pied des Pyrénées. Le nez de ce vin est profond et plein d’énergie : café, fruit noir (cassis, mûre), lard. Cet assemblage de vignes centaines de Grenache et de Carignan se distingue par sa grande fraîcheur et sa vivacité en bouche. Le fruit noir est patiné par des tannins veloutés puis vient un côté plus sanguin (cerise au jus) avant de se prolonger dans une finale complexe, longue et gourmande. A plus de 30€ la quille, on s’attend tout de même à ce niveau de qualité mais il n’empêche que c’est excellent ! IVV : 91+/100
  • Château d’Aydie 2009, Madiran : encore un coup de coeur pour ce superbe vin issu du cépage Tannat et produit par les Laplace… La robe aux tons violacés précède un nez où se fondent l’encre, la mûre, le cassis frais ainsi que fines notes de mine de crayon.  Malgré un millésime 2009 plutôt solaire la bouche s’annonce vive avec toujours une belle matière riche en encre et en fruit noir. L’acidité est présente : cet élan de fraîcheur annonce une longue finale dans laquelle on retrouve d’emblée beaucoup de profondeur. Encore jeune et très prometteur, ce vin est la classe incarnée. IVV : 90+/100.
  • Château Tour de Pez 2010, Cru Bourgeois de Saint-Estèphe : nous terminons notre Tour de France par ce très bel exemple venant du coeur du Médoc. Le nez est déjà bien intégré (fruit rouge, encre, amande douce). Cet assemblage Merlot (60%), Cabernet Sauvignon (35%) complété de Petit Verdot offre une belle densité et une longueur qui en feront un vin complet dans les 5 années à venir. D’autant plus que ce superbe Saint-Estèphe est certainement le meilleur rapport qualité prix de cette appellation. Une très belle surprise. IVV : 88/100.

 

  • Roccolo grassiAzienda Roccolo Grassi  : ce domaine de Vénétie (Italie) nous a offert deux très beaux vins de sa gamme. Marco Sartori est un fanatique de vins de Bourgogne et recherche avant tout l’élégance et la précision plutôt que la puissance. Son domaine a été fondé en 1996 et travaille selon les principes de la culture biologique. Son Valpolicella Superiore 2009 est un parfait exemple de son travail car il se distingue par la pureté de son nez fruité (cerise, mûre, cassis). La bouche se caractérise par beaucoup de volume et un très beau velouté. La finale est moyennement longue mais excelle de par sa fraîcheur et sa sapidité. Très bon ! IVV : 89/100. Et que dire de son Amarone della Valpolicella 2008 qui dévoile des notes de fruits rouges mûrs, de pruneau, de chocolat et de réglisse au nez. Grand volume en bouche, les 16.5% d’alcool sont intégrés de superbe manière : les fruits secs, le pruneau et le bois noble s’expriment puis des notes d’herbes séchées et de viande. La finale est encore une fois d’une grande fraîcheur, on en redemande ! Je n’ai pas encore goûté un si bel exemple d’Amarone dans ma carrière de dégustateur… Magnifique ! IVV : 93/100.
  • Ribera del Duero « Corimbo I » 2009, Bodegas La Horra : Un léger passage en Espagne m’a permis de découvrir ce très beau Tempranillo vieille 14 mois en fût de chêne français. Le nez est sur la réglisse, les épices (cannelle) puis les fruits noirs. La bouche est volumineuse, sur les fruits noirs, le chocolat et le minéral, il se distingue par  sa belle trame acide. Ce vin est déjà prêt à boire mais je lui donne bien 5 à 10 ans de garde. Sa finale est grandement complexe et profonde. IVV : 88/100.
  • Cabernet Sauvignon 2006, Heitz Cellar, Napa Valley : comme annoncé précédemment nous entrons dans les grands vins de Californie avec ce superbe Cabernet Sauvignon. Son nez de cassis, d’eucalyptus, de menthe, de réglisse, d’herbes grillées annonce une attaque explosive dans laquelle on retrouve tous les arômes du nez. Grande noblesse des tannins, superbe équilibre et finale mentholée où se mêlent des belles notes de tabac. Belle profondeur, super ! IVV : 90/100.
  • Cabernet Sauvignon 2009, Corison, Napa Valley : Ce superbe Cabernet donne la réplique à son homologue de chez Heitz. Vinifié par Cathy Corison ce vin respire le fruit noir et le menthol intense. La bouche est bien structurée avec un fruité très pur et juvénile, le vin se termine sur des notes intenses de jus de cerise. Grande finale complexe sur le moka, le café et le fruit noir. Bravo ! IVV : 92/100.
  • Ridge « Geyserville » 2010, Sonoma County : après l’excellent Lytton Springs 2007 de l’année dernière nous avons droit cette année à un autre vin de la gamme de ce célèbre producteur. Composé à 2/3 de Zinfandel et complété de Carignan et de Petite Syrah ce vin dévoile une belle robe rubis intense. Son fruité au nez (prune, cerise) est rehaussé de clou de girofle et de terre mouillée. L’attaque est fraîche puis cet ensemble se prolonge avec une beau volume en bouche. Des accents de fruit noir, d’épices douces (curcuma, poivre) sont soutenus par un équilibre délicieux et une fine acidité. La finale est pure de cerise et laisse une trace de grande classe ! Encore un succès pour ce grand domaine de Calilfornie ! IVV : 92/100.

Vivement l’année prochaine ! Cette dégustation est comme toujours un succès : malgré la quantité importante de références c’est surtout la diversité et la qualité de la sélection qui mérite un coup de chapeau. Bravo à l’organisateur, et à l’année prochaine !

In vino veritas

2 Comments