Coups de coeur étrangers

By 20 mai 2013Non classé

Une fois par an la FCVF (Fédération Culturelle des Vins de France) organise une soirée ayant pour thème les vins étrangers. Bien trop peu à mon goût mais je dois avouer que cette série de vins fut particulièrement diverse et fortement intéressante. Mes principaux coups de coeur : Torrontes blanc 2011, Domingo Molina, Argentine ; Chidirotiko 2011, Methymnaeos, Ile de Lesbos, Grèce ; Terodelgo rouge 2010, Azienda Agricola Foradori, Trentin, Italie.

 

Je suis chaque année un peu plus avide de découvrir de nouvelles perspectives dans le Monde du vin. Bien que je sois un fervent défenseur de la viticulture française je conçois bien volontiers que de très belles choses nous viennent d’ailleurs. Vous verrez en parcourant ce blog que bien des commentaires de vins étrangers sont à votre disposition…

En attendant nous nous retrouvons au Restaurant la Closerie pour partir à la rencontre de vins d’ailleurs. Nicolas et Yann ont eu la chance de participer à la soirée de sélection de ce thème et à les entendre, ils ont bu de très belles choses même si la diversité des vins proposés n’a pas rendu la dégustation facile. Nous débutons avec le Torrontes blanc 2011 de Domingo Molina, Argentine. Issu de ce cépage endémique et cultivé dans la vallée de Cafayate à 1700m d’altitude (!) il arbore une couleur jaune clair aux reflets pâles. Le nez est très parfumé, sur les fleurs blanches, les agrumes et le miel. Les notes de jasmin se développent avec le temps. La bouche est grasse, ample et dotée d’une belle fraîcheur. Cet ensemble croquant fait penser à un Muscat ou un Gewurztaminer grâce à ces notes de fleur et de litchi. Les fleurs blanches rejaillissent en fin de bouche et prennent des notes miellées. La fraîcheur est minérale et le vin plutôt sapide en finale. Ce vin original trouvera sa place sur les tables françaises, à l’apéritif ou sur des asperges (16.50€). IVV : 84-86/100.

Retour en Europe avec un cépage espagnol typique, le Verdejo, aromatiquement très proche du Sauvignon blanc. Le Rueda 2012 de Menade S.L., Espagne est d’aspect clair aux reflets verts. Le nez est déjà ouvert et flatteur, sur les agrumes et le pamplemousse, avec une évolution sur les orties et les herbes fraîches. La bouche offre une belle amplitude avec une pointe acidulée au palais. Il reste cependant assez court en fin de bouche. De plus une légère pointe alcooleuse l’alourdit en finale, cependant des beaux amers reviennent en rétro-olfaction (zeste d’orange). Un vin moyen, de soif, à un prix très raisonnable (7.70€). IVV : 76/100. Une petite mention au passage pour le Stellenbosch Chenin « Barrel fermented » 2011, Jordan Estate, Afrique du Sud que j’ai trouvé plutôt boisé mais assez dépaysant. Il n’arrive cependant pas la cheville des grands Chenin du bord de la Loire (15.90€)…

Les rouges nous viennent d’horizons très divers. Nous débutons avec un vin portugais, le Douro 2010, Lavradores de Feitoria qui offre une très belle surprise à un prix très doux. Issu des cépages locaux traditionnels (à majorité le Touriga Nacional) qui ont grandi sur des sols schisteux, il est évidemment souple en bouche et gorgé de fruit noir (cerise) avec des accents de charbon. Auparavant son nez s’est montré plutôt discret mais à dominante de fruits noirs, de vanille avec encore des herbes grillées ou des notes goudronnées. Au final il s’agit d’un vin de fruit, plutôt puissant avec une fin de bouche fraîche sur les épices et la roche mouillée. A 6.50€ il s’agit d’une excellente affaire pour vos grillades de cet été. Bien vu ! IVV : 82/100.

Nous traversons à présent l’Europe d’Ouest en Est pour retrouver les deux vins suivants. Le premier d’entre eux est vinifié par deux vignerons bourguignons, Estelle et Cyrille Bongiraud, avec des rendements limités à 20hL/ha, sur les coteaux d’un village serbe appelé Rogljevo. Original non ? L’Istina rouge 2010, Francuska Vinarija, Serbie, affiche une robe rouge grenat profonde. Son nez est plein de caractère, avec des notes fumées, épicées et un fruité sanguin : la groseille, la cerise au kirsch et la mûre. Il se goûte tel un vin nature et a besoin d’aération pour perdre son côté gazeux. S’en suit une bouche d’une belle matière charnue, les tannins sont mûrs et le tout affiche une belle fraîcheur. En manque total de repères par rapport à ce cépage local nommé le Vranac, ce vin me fait penser à du Cabernet Sauvignon. Ce beau vin vieillira sans souci 3 à 5 ans (17.90€). IVV : 85/100

Le deuxième vin d’Europe de l’Est nous fait voyager sur l’Ile de Lesbos en Grèce. Le Chidirotiko 2011, Methymnaeos, étonne déjà par sa couleur tuilée au disque légèrement orangé. Ce vin est-il déjà trop vieux ? Le nez est aussi très singulier, avec une grande complexité : la rose séchée précède des notes de fruits rouges (framboise, fraise, cerise griotte) puis l’amande douce et les fruits jaunes compotés (abricot, coing). Quelle élégance ! La bouche est elle aussi marquée par la classe : sous ses faux airs de Bourgogne il arbore un fruit rouge séduisant et une belle matière. Les tannins veloutés portent ensuite des arômes fumés de bacon et de fruits secs (pruneau). Il sait rester toujours frais malgré son caractère bien trempé. Son originalité vient certainement de son terroir volcanique et riche en soufre. Par certains aspects, dont cet côté fumé, il me rappelle certains vins de Saint-Joseph. Ce vin nous fait sortir des sentiers battus et a parfaitement sa place dans ce thème. Si vous êtes en quête de quelque chose de nouveau en terme de vin, je vous recommande vraiment cette bouteille (14.30€). IVV : 87+/100.

Le Zinfandel « Ancient Vines » 2008 de Cline Cellars, Californie, USA, n’est pas le meilleur vin de ce cépage que j’ai pu goûter… C’est pourquoi je ne vous le conseille pas particulièrement. Je le trouve vraiment trop sucré, sur des notes de myrtille et de confiture de cassis avec une évolution presque chocolatée. Sa bouche est trop extraite à mon goût (avec toujours cette sensation de sucre résiduel), s’en suivent le sirop d’érable, la vanille et le poivron. C’est too much pour moi, et qui plus est à ce prix (21.50€). Ces vignes centenaires pourraient faire un bien meilleur vin que celui-ci. Si vous cherchez des Zinfandels de classe, je vous conseille d’investir quelques euros de plus pour le Geyserville 2010 de Ridge Vineyards ou encore le Lytton Springs 2007 du même Domaine… Ca c’est la classe ! IVV : 79/100.

Quelle grande déception d’avoir une bouteille de Château Musar 2005, Vallée de la Bekaa, Liban avec un défaut ! Ce grand vin aurait certainement été la bouteille de la soirée ! Si vous pouvez en acquérir quelques bouteilles, n’hésitez pas, ce vin ne déçoit jamais et surtout, il est taillé pour la garde.

Pour nous consoler nous nous faisons plaisir avec le Terodelgo rouge 2010, Azienda Agricola Foradori, Trentin, Italie. Sa belle robe poupre profonde annonce un nez d’abord plutôt fermé puis à l’aération, il dévoile des notes riches de fruits noirs (en particulier la cerise noire). Son élégance est palpable comme apparemment celle de la vigneronne Elisabetta Foradori… Des notes de réglisse puis de cigare apparaissent ensuite. La bouche est d’une tendresse envoûtante comme en attestent ses tannins veloutés. Le fruit rouge est porté par une belle acidité, la cerise juteuse se prolonge jusque dans la finale. La rétro-olfaction se fait sur le bigarreau en conserve, l’orange confite et les épices. Ce vin a fait l’objet d’une grande attention et est le résultat d’un très joli travail en biodynamie. Il sera au mieux après un carafage de deux heures et se gardera entre 5 et 10 ans. Très bien ! IVV : 88/100.

 

Ceci conclut cette soirée riche en kilomètres et aux paysages multiples. A défaut de nous avoir offert des grands vins (quel dommage de Musar 2005 n’ait pas été parfait !), elle nous a permis de découvrir de nouveaux horizons. En outre je vous recommande ce vin grec étonnant en plus du vin blanc argentin de la vallée de Cafayate et de ce vin des Dolomites. Je suis sûr que ces trois vins viendront épater vos invités !

In vino veritas